Modèle pour l'élaboration du Plan de gestion de la faune

PARTIE A :  ÉVALUATION DES RISQUES

11. Évaluation des risques

Dans le contexte d'un plan aéroportuaire de gestion de la faune, on entend par danger toute situation (p. ex. la présence de goélands) susceptible de blesser des personnes ou d'endommager les équipements et structures. La réduction de l'exposition aux dangers est une composante de la gestion des risques.

Le risque est la probabilité que se produisent des blessures ou des pertes, qui est fonction de l'exposition aux dangers, de même que la probabilité que se produise un impact, à quoi s'ajoute la gravité de l'impact. Il en découle que les espèces présentant un fort risque sont celles qui entrent le plus souvent en collision avec des aéronefs, de même que celle qui causent les dommages les plus importants.

L'évaluation des risques constitue un volet important du présent plan parce qu'elle permet d'orienter les activités de gestion de la faune sur les espèces présentant les plus grands risques, suivant un ordre de priorité.

Le risque dépend grandement des types d'aéronefs et des modalités de leur exploitation. La probabilité d'une collision catastrophique avec un animal est beaucoup moins élevée avec un petit aéronef à pistons qu'avec un aéronef à turbines.

Le tableau 9 caractérise la circulation aéroportuaire suivant trois grandes catégories de risque fondées sur la vulnérabilité aux collisions dommageables avec des animaux. Dans la matrice d'évaluation des risques (tableau 11), toutes les classes d'aéronefs apparaissent pour accommoder tout changement futur dans les profils d'exploitation; par ailleurs, les degrés de gravité ou les conséquences y figurant sont globalement de beaucoup inférieurs.

Tableau 9. Circulation aéroportuaire

Classe d'aéronefs Vulnérabilité aux impacts Mouvements annuels approximatifs Autres considérations
1 Turboréacteurs à double flux et turboréacteurs Élevée   [p. ex.  MEDIVAC]
2 Hélicoptères et turbopropulseurs Modérée    
3 Pistons, moins de 5700 kg Faible    

En plus du terrain de l'aéroport, l'évaluation des risques doit prendre en considération les environs. On doit donc tenir compte des voies habituelles d'approche et d'ascension pour toutes les pistes et pour les vols locaux et de passage. La figure 4 indique les voies d'approche et d'ascension et la zone où 90 p. 100 des vols de l'aéroport se trouvent habituellement à moins de 500 à 600 pieds du sol, ainsi que la zone des voies habituelles d'approche indirecte où les aéronefs approchent de l'altitude de 500 pieds.

Le plan de gestion de la faune doit viser en priorité les espèces qui menacent la sécurité aérienne. On donne ci-dessous les caractéristiques générales des espèces ou des comportements présentant les risques les plus élevés :

  1. espèces de grande taille susceptibles de causer plus de dommages en raison de la plus grande force de l'impact (p. ex. sauvagine, goélands et buses);
  2. oiseaux en bandes (p. ex. goélands, hirondelles, bruants des neiges) ou groupes d'animaux;
  3. oiseaux de grande taille volant lentement et dont la capacité d'évitement des aéronefs est réduite (p. ex. hérons, buses);
  4. espèces qui habituellement chassent ou s'alimentent sur le terrain d'aviation ou au-dessus, particulièrement les animaux inexpérimentés (p. ex. sturnelles, bruants des neiges, harfang des neiges);
  5. oiseaux qui habituellement volent ou planent dans l'espace aérien utilisé par les aéronefs (p. ex.  goélands ou sauvagine dans leurs lignes de vol, urubus et goélands en vol plané).

Si une espèce présentant un danger est particulièrement nombreuse (p. ex. pigeon biset), elle pourrait alors être considérée comme un danger important. À l'inverse, un ou deux couples de pigeons nichant sur le terrain de l'aéroport pourraient certes constituer un danger, mais le risque associé pourrait être considéré comme faible.

La figure 5 reprend la figure 4 en y ajoutant les voies de circulation de la faune et les lignes de vol possibles des goélands et mouettes. Cette figure est/n'est pas fondée sur des études réalisées sur les lieux. Elle ne renseigne pas sur l'interaction entre les utilisations des terres autour de l'aérodrome et la présence des espèces présentant un danger dans les zones à haut risque.

Le tableau 11 fournit plusieurs outils pour l'évaluation des risques concernant les espèces considérées comme présentant un risque élevé à l'aéroport XXX. Ces outils sont décrits ci-dessous.

 

Cote de dangerosité masse/rassemblement

Ce système de cotation utilisant les caractéristiques de rassemblement et la masse fournit un indice relatif du risque dans le cas où un aéronef entrait en collision avec l'espèce considérée. Le tableau 10 donne des exemples à ce sujet.

Figure 4. Zones à risque élevé

Figure 5. Connectivité des habitats

Tableau 10. Évaluation du risque selon les caractéristiques de rassemblement et la masse

Niveau de risque Caractéristiques Exemples d'espèces
Niveau 1 Très gros (>1,8 kg), bandes Bernaches et oies, cygnes, dindons
Niveau 2 Très gros (>1,8 kg), solitaire
ou
gros (1-1,8 kg), bandes
Grand héron
Goélands argenté,
canard colvert, urubu à tête rouge
Niveau 3 Gros (1-1,8 kg), solitaire
ou
moyen (300 g -1 kg), bandes
Buse à queue rousse, urubu à tête rouge
Sarcelles, pigeon biset
Niveau 4 Moyen (300 g -1 kg), solitaire
ou
petit (50 g - 300 g), bandes
Busard Saint-Martin
étourneau sansonnet et autres Ictéridés
Niveau 5 Petit (50 g - 300 g), solitaire
ou
très petit (<50 g), bandes
Crécerelle d'Amérique
Bruant des neiges, hirondelles
Niveau 6 Très petit (<50 g), solitaire Bruant des prés

Remarque : Selon Kelly, 2004.

Cote de risque relatif

Ce système de cotation est celui de Dolbeer et al. (2000). Dans leur étude, ces auteurs ont analysé et évalué les données d'impacts pour établir le risque relatif que présentent 21 différents groupes d'animaux. Ils ont examiné les dommages causés aux aéronefs et les effets sur les vols et en ont tiré un système de cotation composite. On doit souligner que cette évaluation est entièrement basée sur des impacts rapportés, c'est-à-dire que toutes les espèces prises en compte présentent un risque avéré pour les aéronefs. Ces espèces occupent de fait le haut de la liste des espèces potentiellement dangereuses répertoriées dans les terrains d'aviation du Canada.

 

Cote de dangerosité de Transports Canada

Transports Canada a établi une cote pour la plupart des espèces fauniques dangereuses (de 1 à 20, 1 correspondant au péril le plus élevé) (Planification et gestion de la faune aux aéroports- Norme 322.321). La liste de Transports Canada présente les animaux par espèces depuis les plus dangereuses jusqu'aux moins dangereuses pour les aéronefs, indiquant ainsi les espèces prioritaires pour les exploitants. Toutes les espèces y figurant sont considérées comme pouvant présenter un danger et la situation de certaines espèces peut avoir changé depuis que les cotes ont été établies (p. ex. l'urubu à tête rouge constitue un danger de plus en plus important dans nombre de régions du Canada).

Le tableau 11 comporte aussi deux colonnes concernant spécifiquement le présent aéroport pour les évaluations des abondances relatives (élevée - É, modérée - M, faible - F) et des comportements présentant un danger (élevé - É, modéré - M, faible - F), fondées sur les sections précédentes du présent document. Les critères suivants sont utilisés pour l'évaluation des niveaux de risque.

Abondance relative

  • Élevée   Animal présent fréquemment dans des zones à risque; peut être saisonnier; observations quotidiennes multiples, souvent nombreux.
  • Modérée   Animal présent occasionnellement et régulièrement dans des zones à risque; non présent quotidiennement, mais présent hebdomadairement; sporadiquement nombreux.
  • Faible   Animal présent occasionnellement et peu fréquemment; habituellement peu nombreux.

Comportement présentant un danger

  • Élevé   Animal formant fréquemment des groupes dans des zones à risque; lignes de vol régulières dans des zones à risque; réaction aux aéronefs imprévisible (p. ex. individus inexpérimentés); souvent actif quand la luminosité est réduite.
  • Modéré   Animal formant sporadiquement des groupes dans des zones à risque (p. ex. pour des raisons d'alimentation); parfois actif quand la luminosité est réduite.
  • Faible   Animal formant rarement sinon jamais des groupes et s'alimentant rarement près de zones à risque; habituellement actif seulement le jour.

Les trois dernières colonnes dans la matrice d'évaluation des risques présentent des évaluations qualitatives basées sur les types d'aéronefs et le volume de circulation au présent aéroport (selon les trois catégories présentées au tableau 9). Les critères suivants sont utilisés pour déterminer le risque selon les types d'aéronefs et le volume de circulation.

  • Très élevé   Fréquents mouvements d'aéronefs à haut risque coïncidant avec des valeurs élevées pour les autres facteurs de risques (abondance relative, comportement présentant un danger, cotes de risque ou de dangerosité).
  • Élevé   Fréquents mouvements d'aéronefs à risque haut ou moyen coïncidant avec des valeurs élevées ou modérées pour les autres facteurs de risques.
  • Modéré   Mouvements d'aéronefs à risque moyen occasionnels ou réguliers coïncidant avec des valeurs modérées ou parfois élevées pour les autres facteurs de risques.
  • Faible   Toutes les autres catégories.

La matrice d'évaluation des risques ne permet aucun calcul numérique et aucune des valeurs qui y figurent ne sont absolues. Ce tableau vise en fait à attirer l'attention sur les espèces présentant un risque élevé aux fins de la gestion et à aider à l'établissement des priorités de gestion plutôt qu'à quantifier les risques en termes absolus.

 

Tableau 11. Matrice d'évaluation des risques pour l'aéroport XXX

Espèces Outils généraux pour la cotation du risque ou du danger Au présent aéroport Évaluation du risque par type d'aéronef4 et (volume)
Cote masse/
rassemblement1
 
Cote de risque relatif2 Cote de dangerosité de Transports Canada3 Abondance relative Comportement présentant un danger 1
(XXX)
2
(XXX)
3
(X XXX)
Cerf de Virginie 1 100 1 F É F F M
Urubu à tête rouge 2/3 63 18 F M F F F
Bernache du Canada 1 52 2 M M F M M
Canard colvert et sarcelles 2/3 37 5 F M F M F
Pigeon biset 3 24 8 M F F F F
Goéland à bec cerclé 3 22 3 É É F M M
Grand héron 2 22 17          
Coyote 1 20 6          
Pluvier kildir 4 12 12          
Ictéridés 4 9 13          
Étourneaux 4 9 13          
Bruant des prés 6 4 11          
Bruant des neiges 5 N/a 11          
Hirondelles 5 2 15          
Dindon sauvage 1 N/a 20          
Chélydre serpentine N/a N/a N/a          

Note :

  1. Cette cote masse/rassemblement est fondés sur la masse et sur la propension des espèces à former des groupes. La cote 1 représente le danger le plus élevé et la cote 6, le danger le plus faible.
  2. Système de cotation du risque relatif de Dolbeer : 100 correspond au risque le plus élevé et 2, au risque le plus faible.
  3. Cotes de dangerosité des espèces de Transports Canada : 1 correspond au danger le plus élevé, 20 au danger le plus faible; toutes les espèces sont considérées comme présentant un danger et la situation de certaines espèces a changé depuis que les cotes ont été établies.
  4. Cette évaluation du risque est fondée sur les trois catégories d'aéronefs présentées au tableau 9 et prend en considération les types d'aéronefs et le volume (nombre de mouvements) de circulation à l'aéroport. L'échelle est la suivante : risque très élevé (TÉ), élevé (É), modéré (M) et faible (F).

Les priorités de gestion finales présentées au tableau 12 devront concorder avec l'information figurant dans la matrice d'évaluation des risques. Si un changement survient dans les habitats, les éléments attirant la faune ou les types d'aéronefs utilisant l'aéroport (p. ex. un accroissement de la circulation de jets régionaux), il faudra réévaluer les risques.

Le rang de priorité final aux fins de la gestion devrait globalement concorder avec l'information fournie dans les sections précédentes du présent document. Le rang final n'a rien à voir avec la capacité de gérer l'espèce : il n'est que le résultat de l'évaluation des priorités du moment pour l'aéroport.

 

Tableau 12. Priorités en matière de gestion de la faune pour l'aéroport XXX

[Le tableau suivant donne des exemples qui devront être remplacés par les informations relatives au présent aéroport figurant dans les sections précédentes du présent document.]

Priorité de gestion Espèces

Forte
Bernache du Canada
Goéland à bec cerclé
Castor *
 

Modéréé
Cerf de Virginie
Ictéridés
 

Faible
Urubu à tête rouge
Coyote
Pluvier kildir
 

Note: * Cette espèce ne présente pas par elle-même un risque, mais elle attire directement ou indirectement des espèces présentant un danger pour les aéronefs et constitue donc une priorité de gestion.

En résumé, l'évaluation des risques a comporté les éléments suivants :

  • élimination des espèces ne présentant pas un risque élevé;
  • prise en compte des types d'aéronefs et du volume (nombre de mouvements) de circulation à l'aéroport;
  • application d'une matrice d'évaluation des risques aux espèces présentant un danger;
  • établissement des priorités de gestion.

Toutefois, toutes les espèces fauniques (même celles considérées comme ne présentant pas un risque élevé) peuvent à l'occasion constituer un risque pour la sécurité aérienne, ou peuvent connaître un accroissement de leur abondance ou un changement dans leur comportement nécessitant une attention immédiate.

Aucune évaluation du risque/certaines des évaluations du risque/toutes les évaluations du risque pour les différents types d'aéronefs n'a/ont établi l'existence de risques très élevés ou élevés, principalement à cause des types d'aéronefs et des volumes de circulation et à cause des activités de gestion menées à l'aéroport.

Parmi les espèces jugées comme présentant un risque élevé, XXX sont considérées faiblement prioritaires, XXX modérément prioritaires et XXX fortement prioritaires. À noter qu'une espèce (XXXXXXX) aurait été considérée fortement prioritaire si ce n'avait été du succès des mesures de gestion de la faune.

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