Modèle pour l'élaboration du Plan de gestion de la faune

PARTIE B : PLAN DE GESTION DE LA FAUNE DE L'AÉROPORT

13. Survol des mesures de gestion de la faune possibles

Il existe divers outils et techniques pour réduire le péril faunique aux aéroports à un niveau acceptable. Les approches employées pour minimiser les risques d'impacts d'animaux graves aux aéroports sont les suivantes (d'après Jackson, 2001) :

  1. Manipulation des habitats et de l'accès à ces derniers à l'aéroport ou dans les environs (techniques dites passives);
  2. Éloignement, enlèvement ou exclusion des animaux du terrain de l'aéroport (techniques dites actives);
  3. Influence sur les décisions concernant les utilisations des terres autour de l'aéroport qui pourraient accroître les dangers pour les aéronefs;
  4. Élaboration de systèmes visant à avertir des risques d'impacts d'oiseaux;
  5. Mise au point d'aéronefs et de moteurs qui ne sont pas affectés par les impacts d'oiseaux.

Pour le présent plan de gestion de la faune, seules les trois premières approches sont à considérer.

Deux éléments sont essentiels au succès de tout programme de gestion de la faune : le facteur humain et la mise en place de systèmes de gestion de la sécurité (voir Transports Canada, 2001a), grâce auxquels on peut mieux mettre en ouvre les éléments suivants :

  • Engagement La gestion de la faune exige l'engagement de tous les niveaux, depuis la haute direction jusqu'au personnel technique de terrain. On doit veiller à ce que les outils disponibles soient utilisés efficacement.
     
  • Connaissance La connaissance des dangers et des risques et de ce qui doit être fait à quel moment et de quelle manière est essentielle au succès des activités de gestion de la faune.
     
  • Compétence On ne peut gérer efficacement la faune sans un personnel bien formé qui comprend la dynamique de la faune et peut trouver et bien appliquer les outils appropriés. Par exemple, on doit pouvoir prévoir les effets des mesures prises pour une espèce donnée sur l'abondance d'une autre espèce.

Dans la présente section, deux tableaux donnent un aperçu des diverses techniques de gestion de la faune existantes, tirées principalement du Manuel de maîtrise de la faune (Transports Canada, 2002). Le Manuel fournit beaucoup plus de détails sur ces techniques et devrait être consulté directement. Cependant, elles sont présentées ici pour qu'elles puissent être considérées au regard des dangers et risques repérés au présent aéroport. Il est important de rattacher les mesures de gestion à l'évaluation des dangers et des risques, qui a fixé les priorités en matière de gestion de la faune pour l'aéroport.

Les méthodes actives visent principalement le terrain de l'aéroport. Par ailleurs, des techniques additionnelles peuvent être employées pour régler certains problèmes particuliers existant en dehors de l'aéroport (p. ex. installation de fils aériens au-dessus des décharges en exploitation).

13.1 Techniques passives

Ces techniques sont généralement celles qui altèrent le milieu ou bloquent de façon permanente l'accès de la faune aux lieux visés (tableau 13). Les gestionnaires de la faune expérimentés savent très bien que les mesures prises pour exclure une espèce donnée (p. ex. herbes courtes) attireront inévitablement une autre espèce. En matière d'altération du milieu, il y a un grand principe à respecter : il faut réduire au minimum la diversité des habitats. Plus les habitats sont divers, plus il y aura d'espèces animales. Il peut être plus facile de gérer un groupe restreint d'espèces qu'une mosaïque d'espèces attirées par une diversité d'habitats au fil des saisons.

Tableau 13. Techniques passives de gestion de la faune

Exemples Approches suggérées (voir le Manuel de
maîtrise de la faune
pour plus de détails)
Terres cultivées • Aucune à moins de 365 m d'une piste • Seulement foin, luzerne, lin, soja, seigle d'automne, blé, orge et autres céréales sauf le maïs et l'avoine • Labour : labour et travaux de récolte seulement le soir; diverses autres mesures touchant les récoltes, comme ne pas laisser de bottes dans les champs
Herbes • Gérer la hauteur des herbes selon les espèces présentant un danger à l'aéroport • Gestion adaptative fondée sur des manipulations expérimentales à chaque aéroport • Éviter la production de graines, enlever les tiges porte-graines
Bâtiments • Boucher les trous et crevasses (grillages, filets ou autres) • Influer sur la conception des nouveaux bâtiments, corniches inclinées • Bandes hérisson, dispositifs électrifiés, produit de calfeutrage visqueux
Eaux libres, étangs, fossés, bassins d'eaux pluviales, zones mal drainées • Drainer, améliorer le drainage • Remblayer, installer des fils aériens ou des filets, BirdBallsMD • Accentuer fortement les pentes, enlever la végétation • Piéger les mammifères (p. ex. castor et rat musqué)
Arbustes, arbres, broussailles, haies, boisés • Couper tous les étages de végétation • Réduire la biodiversité, les niches écologiques
Perchoirs potentiels dans l'entrepiste • Enlever les perchoirs potentiels • Y installer des pointes acérées au besoin
Déchets entreposés • Tous les contenants à déchets doivent être à l'épreuve des animaux • Aucune décharge sur le terrain de l'aéroport
Aires de pique-nique • Panneaux d'avertissement • Fournir des contenants à déchets à l'épreuve des animaux
Tous les autres milieux, pourtour de l'aérodrome • Clôture en grillage à mailles losangées en acier galvanisé, clôture à mailles nouées haute résistance • Clôture ElectroBraidMD • Clôtures enfouies • Barrières à sens unique, barrières à bestiaux
Aéronefs • Veiller à ce que les oiseaux ne nichent pas dans les aéronefs stationnés (période habituelle de nidification au Canada : du 1er avril au 30 juillet)

13.2 Techniques actives

Les techniques actives se répartissent en deux grands sous-groupes, soit :

  1. les techniques de dispersion (répulsifs, enregistrements, fauconnerie, etc.);
  2. les techniques d'enlèvement (piégeage non létal, abattage).

Le tableau 14 indique aussi l'efficacité relative des diverses techniques. Nombre de ces techniques sont efficaces quand elles sont utilisées dans le cadre d'un programme intégré (p. ex. enregistrements de cris de détresse), mais peuvent être très peu efficaces quand elles sont mal employées. Par exemple, les oiseaux s'habituent facilement aux enregistrements en l'absence d'autres techniques de gestion.

Comme les espèces fauniques s'habituent souvent aux menaces non létales en quelques semaines, à long terme, les techniques de dispersion sont rarement efficaces à moins que l'espèce visée se trouve exposée à une menace claire et pressante (p. ex. un chien, un rapace ou un coup réel - non enregistré - d'arme à feu). Le défi est donc de maintenir les animaux dans le doute quant au caractère réel ou factice des menaces.

Tableau 14. Techniques actives de gestion de la faune

  Techniques Principales cibles Efficacité potentielle dans le cadre d'un programme intégré
Non létales Pièces pyrotechniques Oiseaux, certains mammifères Élevée
Canons à gaz Oiseaux, surtout les migrateurs Modérée
Marrons d'air Oiseaux planeurs (p. ex. goélands) Élevée
Lasers Oiseaux, particulièrement dans leurs lieux de repos Modérée
Fauconnerie Oiseaux Élevée
Border Collies (chiens) Oiseaux, certains mammifères Élevée à modérée
Piégeage (non létal) Oiseaux, certains mammifères Faible à modérée
Irritants chimiques Oiseaux Faible
Enregistrement de cris de détresse - système à distance Oiseaux Faible à modérée
Enregistrement - système mobile Oiseaux Modérée à élevée
Drapeaux et banderoles Oiseaux Faible à modérée
Oiseaux morts (répliques ou spécimens réels) Oiseaux Modérée
Répulsifs chimiques comportementaux Oiseaux, mammifères (sur les câbles) Modérée
Avions miniatures téléguidés Oiseaux Faible (peut être plus élevée)
Létales Piégeage (létal) Certains mammifères Faible
Produits chimiques létaux Oiseaux dans les bâtiments, mammifères Élevée à modérée
Bénomyl/Tersan (fongicide) Homologué pour le soin des gazons, mais permet de tuer les vers de terre Modérée
Balayage des vers de terre Vers de terre sur les surfaces dures Modérée à élevée
Vaporisation de surfactants mélangés à de l'eau Oiseaux dans leurs lieux de repos Modérée
Mise à mort par armes à feu Oiseaux, certains mammifères Élevée

Les avantages et inconvénients de chacune de ces techniques et de leurs diverses formes sont traités dans le Manuel de maîtrise de la faune (Transports Canada, 2002b) et dans la Circulaire de la Sécurité des aérodromes 98-004- TP 13029 - Évaluation de l'efficacité des produits et des techniques utilisés pour la lutte contre le péril aviaire aux aéroports.

13.3 Armes à feu

L'utilisation des armes à feu est très réglementée et exige des permis spéciaux. Une formation spéciale est exigée pour les utiliser dans les aérodromes et à proximité.

De plus, pour utiliser des armes à feu au Canada (p. ex. un fusil, mais pas un lance-fusées pyrotechnique classique), on doit être titulaire d'un permis de possession et d'acquisition. Ceux qui veulent obtenir ce permis doivent suivre le Cours canadien de sécurité dans le maniement des armes à feu. Un certificat d'enregistrement est aussi exigé pour chaque arme à feu, certificat qui indique à qui l'arme appartient. On trouvera des renseignements supplémentaires à ce sujet à l'adresse http://www.cfc-ccaf.gc.ca/default_f.asp.

Quand on utilise des armes à feu, les douilles vides doivent être ramassées; elles peuvent causer de graves dommages quand elles sont aspirées dans les moteurs des aéronefs à turbines.

13.4 Autres permis requis

Le personnel de gestion de la faune doit s'assurer de détenir les permis requis avant d'entreprendre ses activités.

Oiseaux migrateurs - Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs

Les dispositions réglementaires de cette loi protègent la plupart des espèces d'oiseaux, dont les goélands (mais pas, par exemple les corneilles et les Ictéridés), et des permis sont requis pour l'effarouchement actif de même que pour l'abattage de ces oiseaux. On doit donc demander un permis d'effarouchement et un permis d'abattage. Dans la demande de permis d'abattage, on doit justifier clairement la nécessité d'un tel permis et expliquer l'utilisation limitée qui en sera faite et la manière dont les moyens de lutte létaux de renforcement et les divers répulsifs seront utilisés. Les permis sont délivrés par [Insérer le nom du bureau local du SCF].

Règlements provinciaux et territoriaux

Les règlements provinciaux et territoriaux peuvent exiger un permis pour petit gibier ou d'autres permis semblables pour la chasse ou le piégeage des corneilles, de certains Ictéridés et de la plupart des mammifères. En Ontario, par exemple, tout détenteur de permis doit aussi détenir une Carte Plein air (version chasse), suivre un cours d'éducation des chasseurs et réussir l'examen du permis de chasse. On trouvera plus de renseignements sur la réglementation ontarienne à l'adresse http://www.mnr.gov.on.ca/MRN/pubmenu.html. L'utilisation de certains produits chimiques peut aussi être réglementée; on doit consulter les règlements provinciaux et territoriaux. [Insérer les règlements provinciaux et territoriaux pertinents ici.]

Règlements locaux - décharge d'armes à feu

De nombreuses municipalités urbaines et suburbaines ont des règlements limitant l'utilisation des armes à feu. Il peut donc être nécessaire de demander aux autorités locales une exemption pour gestion de la faune [Déterminer les règlements pertinents et les insérer ici.]

13.5 À l'extérieur de l'aérodrome

La plupart des activités de gestion de la faune décrites dans le présent plan se dérouleront à l'intérieur des limites de l'aéroport, où la plupart des impacts d'animaux se produisent, mais on porte de plus en plus attention aux environs immédiats, qui constituent une source majeure d'espèces fauniques pouvant fréquenter le terrain de l'aéroport ou passer dans des zones où elles présentent un danger pour les aéronefs.

Dans certaines circonstances, les aéroports peuvent étendre leurs mesures de gestion actives ou passives au delà des limites de leur terrain. Cependant, on recourt plutôt habituellement aux mécanismes suivants pour influer sur les utilisations des terres à l'extérieur des limites des aéroports : réglementation, information, éducation (programme de sensibilisation au péril faunique), discussion et persuasion. Les approches suivantes peuvent être employées pour influer sur les activités existant à l'extérieur de l'aéroport.

Règlements sur le zonage des aéroports

Des règlements sur le zonage des aéroports, passés en vertu du paragraphe 5.4(2) de la Loi sur l'aéronautique, peuvent être adoptés pour interdire des utilisations des terres jugées dangereuses pour les aéronefs. En juillet 2004, les règlements de zonage de 55 aéroports canadiens renfermaient une disposition concernant l'élimination des déchets.

Planificateurs

La participation au processus de planification locale est essentielle si l'on veut influer sur les changements dans les utilisations des terres entourant l'aéroport. L'exploitant de l'aéroport peut discuter avec les planificateurs, fournir de la documentation et des exemplaires du plan de gestion de la faune de l'aéroport et faire environ tous les deux ans une présentation sur les questions d'utilisation des terres affectant l'aéroport. Il est important de maintenir ces informations à jour et de joindre tous les responsables de la planification (dans le cas où la zone d'influence de l'aéroport chevauche deux territoires administratifs ou quand l'autorité de planification comptent plusieurs instances). Dans certains cas, les plans officiels locaux indiquent aux demandeurs de consulter les gestionnaires de l'aéroport quand certains changements dans les utilisations des terres sont proposés à proximité de l'aéroport.

Administration locale

Pour influer sur les demandes futures de changement dans l'utilisation des terres, il est important de faire occasionnellement une présentation sur les problèmes aéroportuaires liés à la faune au conseil local, municipal ou régional. Nombre de promoteurs essaient de tâter le pouls des politiciens locaux avant de se lancer dans l'élaboration détaillée d'un projet de développement. Le fait que les problèmes associés à la faune soient connus le plus tôt possible favorisera la prise de décisions bénéfiques.

Utilisateurs des terres

Les utilisateurs des terres entourant l'aéroport peuvent être invités à dialoguer avec les autorités de l'aéroport. Un tel dialogue peut s'avérer plus facile avec les propriétaires qui ont des liens directs avec l'aéroport (p. ex. un agriculteur local dont une partie des cultures se trouve sur le terrain de l'aéroport). Le dialogue est toutefois aussi possible avec les autres utilisateurs des terres. On pourrait par exemple commencer par tenir une journée portes ouvertes pour discuter du péril faunique, de la sécurité, des éventuelles questions de responsabilité, de ce que les utilisateurs des terres peuvent faire pour aider et de la manière dont l'aéroport peut de son côté aider ces derniers. Si des problèmes spécifiques apparaissent, il pourrait s'avérer nécessaire d'entrer en contact avec les utilisateurs des terres concernés.

Organismes de réglementation

Les organismes de réglementation peuvent influer sur une grande variété de projets, depuis la création d'habitats fauniques jusqu'à la construction d'installations de gestion des eaux pluviales. Quand, par manque d'information, ces organismes ne tiennent pas compte des problèmes de péril faunique dans leur réglementation, les demandes relatives à la protection des aéronefs contre les impacts d'animaux peuvent être problématiques pour les promoteurs dont les projets entraîneraient des changements dans l'utilisation des terres. Les organismes qui doivent régulièrement être tenus au courant des problèmes de péril faunique aux aéroports comprennent les autorités fédérales, provinciales et municipales, comme le ministère fédéral des Pêches et des Océans, les ministères provinciaux responsables du patrimoine naturel, des terres et des eaux et les offices de protection de la nature (ou tout autre organisme touchant à la réglementation concernant les inondations et le remblayage).

Organismes non gouvernementaux (ONG)

Certains des plus importants ONG nationaux ou provinciaux impliqués dans la création d'habitats pourraient être invités à faire partie d'un groupe d'intéressés (p. ex. Canards illimités Canada). De même, d'autres organismes, comme des clubs de naturalistes ou des sociétés de protection des animaux, pourraient devenir importantes pour l'aéroport si des mesures de lutte contre les animaux, particulièrement des mesures létales, sont prévues dans le plan de gestion de la faune. Étant donné qu'une opposition publique organisée pourrait influer sur l'obtention de certains permis, il est important que l'aéroport entretienne des rapports avec ces groupes s'il y a lieu.

Dans certaines circonstances, l'aéroport peut avoir intérêt à mettre sur pied un comité d'intéressés (un « comité de gestion de la faune »), qui pourrait accroître la sensibilisation et l'appui aux mesures de gestion de la faune à l'aéroport.

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