Introduction

Si les oiseaux, les mammifères et les avions semblent se partager paisiblement l'espace de l'aéroport et de ses environs, leur coexistence court des risques extrêmes. En cas de collision avec un aéronef, un seul animal a la possibilité de causer de graves dommages pouvant même conduire à la perte de l'avion, de son équipage et des passagers.

Si l'on évaluait le risque associé aux impacts de la faune uniquement selon le nombre des accidents impliquant des avions de transport à réaction dans le monde occidental, on pourrait conclure à une absence de problème. Pourtant, un examen plus attentif des statistiques fournies par les professionnels de l'industrie qui participent étroitement à la gestion du péril faunique donne à réfléchir.

Dans cet ouvrage, nous montrerons que le risque d'impact de la faune est très réel et que l'industrie aéronautique aurait intérêt à en tenir compte, surtout dans le contexte d'une augmentation remarquable des populations de certains gros oiseaux au cours des dernières décennies conjuguée à l'augmentation du nombre des aéronefs en activité.

Les professionnels de l'industrie de l'aviation sont très conscients du fait que le public n'a guère de tolérance pour les accidents de gros avions de transport à réaction. En dépit des résultats impressionnants de l'industrie sur le plan de la sécurité, le rapport entre les décès-blessures et le nombre des décès causés par les accidents de l'aviation continue de retenir l'attention. Les protestations du public, la couverture médiatique, l'indignation des familles et les poursuites qu'entraîne inévitablement un accident causé par la faune dans le monde occidental incitent un grand nombre de dirigeants à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter cette expérience.

De manière générale, les professionnels de l'industrie aéronautique sont très motivés, innovateurs et font confiance à la technique. Ils ont l'habitude de traiter de questions qui, tout en étant extrêmement complexes, peuvent pour la plupart trouver une solution technique. Mais dans le cas du risque faunique, les solutions exigent également l'application des sciences naturelles. Ce n'est que lorsque l'on aura trouvé un équilibre entre ces deux disciplines que l'on pourra dissiper le mythe courant dans l'industrie voulant que le péril faunique reste un cas de force majeure. Nous croyons au contraire que ce risque, bien qu'il soit actuellement sous-estimé, peut être géré tant sur le plan économique que sur celui de l'efficacité. Nous espérons que vous appliquerez les leçons de cet ouvrage et serez en mesure d'améliorer la gestion des risques causés par la faune dans votre secteur de l'industrie aéronautique.

Historique des impacts d'oiseaux et de mammifères

Les impacts d'oiseaux constituent un problème depuis les premiers jours de l'aviation. Le pionnier de l'aviation Orville Wright a signalé un impact d'oiseau cinq ans après son premier vol en 1903. Le premier accident mortel dû à un impact d'oiseau est survenu en 1912. L'avion de Cal Rogers, le premier pilote qui a réussi la traversée des États-Unis, est tombé dans l'océan après qu'un goéland ait bloqué les commandes de vol de son appareil. Depuis cette époque, les impacts d'oiseaux sont devenus un problème toujours plus grave aussi bien dans l'aviation civile que militaire. Plusieurs milliers d'impacts surviennent chaque année.

Depuis 1912, les données disponibles montrent que quelque 223 personnes sont mortes dans le monde dans au moins 37 accidents dus à des impacts d'oiseaux impliquant des aéronefs civils. En outre, 63 aéronefs civils au moins ont été perdus à la suite d'accidents liés à des impacts d'oiseaux. Dans l'aviation militaire, le nombre d'accidents graves documentés depuis 1950 est supérieur à 353, s'accompagnant d'au moins 165 décès. Les experts sont convaincus que tous les impacts d'oiseaux sont loin d'être signalés et que le nombre véritable d'accidents et de décès est beaucoup plus élevé. De nombreuses raisons expliquent cette situation :

  • Il n'existe pas de normes internationales uniformes.
  • Le compte rendu des impacts de la faune n'est pas obligatoire.
  • Certains pays hésitent à publier ces statistiques par crainte des problèmes de responsabilité et de la perception négative du public en matière de sécurité aérienne.
  • Dans certaines parties du monde, l'information sur les accidents graves est perdue pour diverses raisons, notamment le fait que les médias s'y intéressent moins que dans les pays occidentaux.

Pour illustrer le peu de fiabilité des données sur les accidents causés par des impacts d'oiseaux, qu'il suffise de penser à l'écrasement, en avril 2000, d'un Antanov AN-8 entré en collision avec des oiseaux au décollage de Pepa, au Congo. Il existe très peu de détails sur cet accident, malgré le décès de 21 personnes. Dans certaines régions du monde, les fonds et l'expertise manquent pour mener les enquêtes nécessaires.

Accidents en sursis

Le problème des impacts d'oiseaux est de portée internationale. Bien que les types d'aéronefs et les espèces d'oiseaux impliqués dans des collisions varient d'une région à l'autre, la population de certaines espèces d'oiseaux et le nombre d'aéronefs qui partagent le ciel connaissent une progression constante dans tous les points du globe.

Tandis que les oiseaux peuvent être frappés dans les airs ou au sol, au décollage ou à l'atterrissage, pratiquement toutes les collisions avec des mammifères surviennent au sol, à l'exception de celles avec des chauves-souris. Les collisions entre les aéronefs et les mammifères sont loin d'être aussi fréquentes que les impacts d'oiseaux, mais compte tenu du poids et de la taille plus élevés des mammifères, les dommages peuvent être considérables.

Un problème de sécurité aérienne durable

Le risque de voir un impact de multiples oiseaux entraîner l'écrasement d'un avion gros-porteur, bien que faible sur le plan statistique, augmente lentement et ne peut être en aucun cas exclu. La perte en vies humaines serait catastrophique.

Les pertes économiques réelles sont déjà plus importantes. Bien qu'il soit difficile de l'estimer de façon précise, le coût total des dommages par impact d'oiseau-d'après les dernières estimations de l'industrie-s'élève probablement à plusieurs millions de dollars par an, uniquement dans le cas de l'aviation civile canadienne.

Les impacts d'oiseaux et de mammifères continueront de compromettre la sécurité pour de nombreuses raisons :

  • Le nombre d'aéronefs et les mouvements aériens augmentent dans le monde entier.
  • Les populations d'un certain nombre d'espèces d'oiseaux dangereux augmentent. . Les populations de certaines espèces de mammifères sont à la hausse.
  • L'empiétement urbain sur les aéroports contraint les oiseaux à utiliser l'environnement relativement protégé de l'aéroport et de ses trajectoires de départ et d'arrivée comme le seul espace ouvert restant.
  • Les procédures de gestion de la faune dans les aéroports ne réussiront vraisemblablement pas à en chasser entièrement les oiseaux et les mammifères.
  • Il n'est pas toujours possible de détecter à temps les oiseaux en vol pour éviter une collision.

Que peut faire l'industrie aéronautique?

Les biologistes de la faune commencent à prendre une part plus active au processus décisionnel dans l'industrie aéronautique. Ces spécialistes ont fait valoir que les impacts de la faune ne sont pas, pour la plupart, des cas de force majeure. Ces incidents sont généralement, soit le résultat d'une gestion relâchée de la faune ou de son habitat aux aéroports ou dans leur voisinage, soit causés par une synchronisation, planification et exécution inadéquates des profils de vols.

Il n'existe pas de solution unique au problème des impacts de la faune, et il n'y en aura probablement jamais. Mais il est possible de gérer dans une certaine mesure ce problème coûteux de sécurité aérienne. Par l'application d'une approche fondée sur la sécurité du système et un effort coordonné du milieu de l'aviation, on peut réduire au minimum le nombre des accidents mortels et des accidents coûteux.

La bonne application de techniques de pointe en matière de gestion de la faune et de la technologie actuelle permettant de détecter les mouvements des oiseaux dangereux permet de renseigner et d'avertir rapidement les équipages de conduite. Une meilleure protection des aéronefs et des moteurs contre les impacts d'oiseaux et de mammifères peut contribuer à réduire le risque et les coûts associés-autant humains que financiers-de ces collisions.

Un ciel à partager : raison d'être

Il existe de nombreux documents qui traitent, dans de nombreuses langues, des divers aspects des collisions entre les aéronefs et la faune. Cette documentation est une excellente source d'information, mais elle a tendance à n'aborder que des aspects limités du problème ou à se concentrer seulement sur la solution biologique ou technique. À ce jour, l'industrie n'a écrit aucun ouvrage pour donner un aperçu exhaustif des dangers posés par la faune.

Pendant de nombreuses années, Transports Canada a sensibilisé l'industrie à ce problème de sécurité par la voie de l'éducation. Le Ministère a été associé à la rédaction de Bird Hazards to Aircraft (Blokpoel, 1976) et a produit depuis son Manuel des procédures sur la gestion de la faune (Transports Canada, 1994). Un site Web (www.tc.gc.ca) a également été créé, conjointement avec une série de Bulletins de la faune, affiches et vidéos traitant des problèmes des impacts d'oiseaux dans les aéroports canadiens.

Transports Canada a reconnu récemment la nécessité de publier un nouveau guide pratique, complet et d'utilisation facile consacré à la gestion du péril faunique, pour les raisons suivantes :

  • Une analyse récente des statistiques des impacts d'oiseaux et de mammifères indique que les coûts des dommages sont beaucoup plus importants qu'on ne l'avait cru auparavant.
  • Des versions militaires de gros avions de transport à réaction civils ont été impliquées dans plusieurs accidents mortels survenus récemment. Introduction
  • L'explosion récente des populations de certaines espèces d'oiseaux à risque élevé.
  • La complexité accrue de la gestion des populations fauniques en raison des inquiétudes exprimées par les groupes de conservation de la faune.
  • La possibilité d'inclure les résultats des recherches les plus récentes sur les impacts de la faune.
  • L'évolution du rôle de Transports Canada : d'exploitant, d'organisme de réglementation et de fournisseur de services à celui d'organisme de réglementation uniquement.
  • La privatisation du système canadien de l'aviation civile a conduit à la prise en charge par le secteur privé des aéroports et des systèmes de navigation aérienne.

Un nouveau regard sur le problème des impacts d'oiseaux

Un ciel à partager présente aux professionnels de l'aviation des renseignements généraux pertinents et complets sur la nature et l'ampleur du problème des impacts d'oiseaux. Cet ouvrage décrit et recommande également des stratégies efficaces de réduction des risques associés aux impacts de la faune.

À qui cet ouvrage s'adresse-t-il ?

Un ciel à partager est publié par Transports Canada et est rédigé en premier lieu à l'intention des professionnels de l'aviation au Canada et aux États-Unis, où la circulation aérienne est la plus dense du monde. Toutefois, les auteurs reconnaissent que les impacts de la faune surviennent partout dans le monde. Nous faisons allusion dans les différents chapitres à l'excellent travail accompli en Europe, en Israël et ailleurs. Nous sommes persuadés que le présent ouvrage sera utile et retiendra l'attention de nombreux lecteurs dans le monde.

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