Sécurité aérienne - Nouvelles 1/2005

Sécurité du système

Boire ou ne pas boire

par Michel Treskin, inspecteur de la sécurité de l'aviation civile, Sécurité du système, Transports Canada, Région de l'Ontario

L'aérostier a jeté un coup d'oeil en approche et tout paraissait normal. Il avait exécuté la manoeuvre tant de fois qu'il aurait pu la faire tout aussi facilement les yeux fermés. Avec le lever du soleil à l'horizon, le vent commençait à souffler plus fort. Ses neuf passagers étaient émerveillés par le silence qui régnait et l'énorme ballon juste au-dessus de leurs têtes. Tout à coup, le bruit émanant des deux brûleurs allumés sans avertissement est devenu assourdissant. L'aire d'atterrissage avait été choisie lors des vols précédents et tout semblait normal ce jour-là.

Pendant l'approche vers l'aire d'atterrissage, l'aérostier s'est rendu compte que le ballon risquait de frôler dangereusement des lignes électriques secondaires. Il a décidé de continuer pour voir s'il pouvait quand même atterrir et dégonfler l'enveloppe avant de toucher les lignes électriques. Il savait que ce serait risqué, mais il savait aussi qu'il était un sacré bon aérostier et qu'il avait déjà eu ce genre d'expérience.

La nacelle a touché le sol et a commencé à basculer. Instinctivement, l'aérostier a allumé à fond le brûleur pour éviter que la nacelle ne bascule. L'air chaud a rempli l'enveloppe et l'énorme ballon a commencé à reprendre son équilibre et à remonter doucement. Durant cette brusque manoeuvre, des flammes ont léché l'enveloppe, des habitants de la région en ont été témoins. Tellement surpris par cet incident si matinal, certains ont téléphoné à la police locale pour signaler qu'un ballon avait pris feu dans leur arrière-cour. Dans l'affolement, l'aérostier a oublié que des câbles électriques se trouvaient directement sur la trajectoire de montée du ballon. La nacelle les a donc touchés et les a cassés. Le ballon a volé encore dix minutes avant d'atterrir à un autre endroit; les dégâts ont été minimes. Pendant ces dix minutes, les policiers ont gardé le contact visuel avec le ballon et, après coup, ils ont rencontré l'aérostier et l'ont interrogé.

Ils ont tout de suite remarqué, en lui parlant, que son haleine dégageait une odeur d'alcool. En effet, l'aérostier en avait consommé la veille. Il a déclaré avoir pris un dernier verre bien avant le délai des huit heures avant son vol de ce matin, et il était tout à fait disposé à se soumettre à l'éthylomètre. Malheureusement pour lui, son alcoolémie a dépassé la limite légale. Nota : le rapport « d'alcoolémie supérieure à la limite légale » rédigé à la suite du test à l'éthylomètre indiquait une alcoolémie située entre 0,049 et 0,099 %.

Ce vol a bien eu lieu et nombreux sont les aérostiers ou les pilotes en général qui, au Canada, ne comprennent peut-être pas bien le sens de l'article 602.03 du Règlement de l'aviation canadien (RAC) relatif à la consommation d'alcool que nous reproduisons ci-dessous : 602.03 Il est interdit à toute personne d'agir en qualité de membre d'équipage d'un aéronef dans les circonstances suivantes :

  1. dans les huit heures qui suivent l'ingestion d'une boisson alcoolisée;

  2. lorsqu'elle est sous l'effet de l'alcool;

  3. lorsqu'elle fait usage d'une drogue qui affaiblit ses facultés au point où la sécurité de l'aéronef ou celle des personnes à bord de l'aéronef est compromise de quelque façon.

Cet article est souvent appelé la règle des « huit heures entre la bouteille et la manette des gaz »; or, en l'examinant de plus près, nous constatons que ledit article comporte trois parties. C'est la deuxième qui risque d'être mal comprise, « Il est interdit à toute personne d'agir en qualité de membre d'équipage d'un aéronef dans les circonstances suivantes b) lorsqu'elle est sous l'effet de l'alcool. » En fait, cela signifie que Transports Canada ne tolère aucune dérogation à cette réglementation, et que toute trace d'alcool dans le système ne sera ni acceptée ni tolérée. Cet article peut en effet induire en erreur. D'une part, il est permis de boire huit heures avant un vol et, d'autre part, il vaut mieux ne pas avoir de traces d'alcool dans le système, même plus de huit heures après en avoir consommé.

Le temps nécessaire à l'élimination de toute trace d'alcool du système varie en fonction des gens. Si huit heures peuvent être suffisantes chez certaines personnes, pour d'autres il faut plus de temps. La quantité d'alcool consommé est aussi un facteur important. Une seule bière consommée huit heures ou plus avant un vol n'a pas les mêmes effets résiduels que plusieurs verres de bière, de vin ou de spiritueux. Nous devons nous rappeler qu'en cas de consommation d'alcool la veille d'un vol, nous devons être sûrs d'avoir tout éliminé de notre organisme avant le départ. Sinon, nous risquons de perdre notre licence.

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