Éditorial — Collaboration spéciale

Le vieillissement des pilotes : faut-il s’en inquiéter?

Dr David Salisbury
Dr David Salisbury

Les pilotes canadiens vieillissent. L’âge moyen de tous les pilotes au Canada est plus élevé qu’il ne l’était il y a quelques années. Plusieurs facteurs sont en cause, notamment le fait que les personnes vivent aujourd’hui plus longtemps et en meilleure santé qu’auparavant. Au fur et à mesure que les baby-boomers vieillissent, le nombre des personnes âgées augmente d’autant. De plus, en raison de la situation économique, moins de jeunes ont choisi de devenir pilotes. En juin 2010, il y avait au Canada plus de 5 700 titulaires d’un certificat médical qui avaient plus de 65 ans, ce qui représente près de 10 % du nombre total des pilotes. Il y a des pilotes canadiens actifs qui ont plus de 70, 80 et même 90 ans.

Que savons-nous sur les pilotes plus âgés? Selon les statistiques, comparativement aux pilotes plus jeunes, ils auront tendance à souffrir davantage de certains troubles médicaux qui se révèlent préoccupants pour la médecine aéronautique. La plupart devront porter des verres ou des lentilles correctrices. Certains auront besoin d’appareils auditifs. En général, leur temps de réaction sera plus lent, et ils mettront également plus de temps à acquérir de nouvelles connaissances et habiletés. L’âge est un facteur de risque important, mais non le seul, en ce qui a trait aux maladies cardiovasculaires ainsi qu’aux crises cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux soudains. L’âge joue également un rôle déterminant dans l’incidence de divers problèmes médicaux chroniques comme le cancer, le diabète et la démence.

Au Canada, la loi interdit toute discrimination fondée sur l’âge. C’est l’une des raisons pour laquelle, au Canada, il n’y a pas de limite d’âge supérieure pour être titulaire d’une licence de pilote. Toutefois, dans la plupart des programmes canadiens relatifs aux permis de conduire, le nombre d’exigences relatives aux examens de conduite en fonction de l’âge du conducteur a augmenté. Par exemple, en Ontario, à partir de 80 ans, les conducteurs doivent subir un examen de la vue et un test écrit tous les deux ans, en plus de suivre une séance de formation pour conserver leur permis de conduire. À 70 ans, les médecins font l’objet de vérifications effectuées par l’Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario, lesquelles ont lieu par la suite tous les deux ans.

Transports Canada (TC) exige des pilotes âgés de plus de 40 ans qui désirent conserver leur certificat médical de catégorie 1 qu’ils augmentent la fréquence de leurs examens médicaux et qu’ils se soumettent en plus à des électrocardiogrammes périodiques. Le médecin-examinateur de l’aviation civile (MEAC) ou l’agent médical régional de l’aviation (AMRA) peuvent exiger une évaluation clinique ou des analyses de laboratoire supplémentaires en fonction des antécédents médicaux du candidat et des observations sur sa santé physique. Selon la norme de soins à l’échelle du Canada, toute personne âgée de plus de 40 ans devrait faire vérifier son taux de lipides sanguins afin de mieux évaluer son niveau de risque de maladie coronarienne. Dans le cas des pilotes titulaires d’une licence, les évaluations de la forme physique demeurent individualisées et ne dépendent pas d’un processus généralisé basé sur l’âge du candidat.

Comment peut-on concilier les observations scientifiques avec les dispositions législatives qui interdisent toute discrimination fondée sur l’âge seulement? Dispose-t-on de preuves démontrant que les pilotes plus âgés ont des comportements moins sécuritaires, et ont davantage d’accidents que les pilotes plus jeunes? Il se trouve que nous n’en avons pas. Cette question a été examinée en profondeur aux États-Unis et dans d’autres pays, et il a été impossible de démontrer clairement une tendance en matière de fréquence des accidents ou incidents en fonction de l’âge du pilote seulement. Ce que nous savons, c’est que de temps à autre il se produit des accidents mettant en cause des pilotes plus âgés. La question que nous devons alors nous poser est la suivante : « Y a-t-il un élément qui nous échappe? » Quelles conclusions pouvons-nous tirer des enquêtes sur ces accidents qui pourraient nous aider à améliorer nos procédures relatives à l’évaluation médicale des pilotes?

L’aptitude au pilotage diminue avec l’âge et lorsque survient une maladie chronique. L’expérience et la formation permettent d’atténuer dans une certaine mesure cette diminution d’aptitude, de même que le fait d’adopter un mode de vie plus sain (p. ex., maintenir un poids santé, faire de l’exercice, ne pas fumer). La science médicale dispose de technologies, de procédures et de médicaments pour atténuer certains problèmes. Ainsi, il est possible de corriger certaines anomalies de la vision, de procéder à une chirurgie des cataractes, d’utiliser des appareils auditifs pour compenser les pertes auditives, etc. Toutefois, il est beaucoup plus difficile de déceler ou de compenser les premiers signes de changements d’ordre mental ou les légers déficits de performance. Il n’existe présentement aucun test pour déceler rapidement et facilement les premières manifestations de la démence.

Plusieurs initiatives intéressantes, comme le programme Candrive (www.candrive.ca), sont en cours afin de détecter et, si possible, prévenir et corriger les problèmes médicaux qui touchent les conducteurs vieillissants. L’Advanced Cognitive Engineering Lab de l’Université Carleton, qui est indépendant de TC, a entrepris des études en simulateur sur les pilotes vieillissants. L’Aviation civile de TC suit ces travaux de près. Pour le moment toutefois, la décision à savoir si un pilote possède toujours les compétences requises pour le pilotage est laissée à sa discrétion et à celle de sa famille. Cette situation est-elle acceptable? Comme société, nous devons répondre à la même question en ce qui a trait au privilège de conduire une automobile. Dans ce domaine, nous exigeons que les compétences d’une personne soient évaluées de nouveau selon son âge. Devrait-on faire de même pour le pilotage d’un aéronef? L’entourage d’un pilote (membres de sa famille, amis, collègues pilotes) devrait-il jouer un rôle dans l’évaluation de son aptitude au pilotage?

Quel est le message de sécurité à transmettre? Tout pilote doit être conscient de ses capacités et avoir la sagesse de reconnaître lorsque le moment est venu de cesser de piloter. Pour notre bien commun, il est essentiel que les médecins, les pilotes et les responsables de la réglementation discutent de façon continue, éclairée et impartiale de cette question et des moyens pour mieux identifier les pilotes qui, indépendamment de leur âge, ne sont plus en mesure de piloter en toute sécurité.

Le directeur,
Médecine aéronautique
Transports Canada, Aviation civile

David Salisbury

Le docteur Salisbury est titulaire de certificats de spécialiste en médecine communautaire et en médecine aérospatiale, et, à titre de pilote vieillissant encore actif, d’une licence de pilote professionnel avec qualification sur multimoteurs et qualification de vol aux instruments de catégorie 1.

Nouveau!
L’Alerte à la sécurité de l’Aviation civile

Jusqu'à tout récemment, l’Aviation civile de Transports Canada (TC) utilisait différents types de documents, tel que les Avis de difficultés en service et les Alertes aux difficultés en service, pour transmettre aux intervenants l'information relative à la sécurité aérienne. TC a constaté la nécessité de fusionner ces documents en un seul document intitulé Alerte à la sécurité de l’Aviation civile (ASAC).

Le 1er octobre 2010, l'ASAC est devenu le moyen par lequel TC signale rapidement aux intervenants concernés tout problème particulier lié à la sécurité. Par surcroît, l’ASAC peut traiter de sujets divers autres que les difficultés en service, comme les opérations de vol par exemple.

Les ASAC sont des avis non impératifs utilisés pour communiquer des renseignements importants sur la sécurité et pour recommander des mesures à prendre. Les renseignements contenus dans les ASAC sont cruciaux et les destinataires devront prendre en considération les recommandations des ASAC dans leurs activités courantes et dans celles liées à la maintenance.

Pour plus de renseignements, visiter le site Web www.tc.gc.ca/aviation-civile-alerte-securite.

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