Éditorial — Collaboration spéciale

Diane Desmarais

J’aimerais vous entretenir sur un sujet qui fait couler beaucoup d’encre depuis quelque temps. Il s’agit du bruit causé par les hydravions et du nombre croissant de plaintes et de mesures juridiques entreprises par les citoyens et les municipalités contre ce type d’exploitation. Il s’agit d’un sujet excessivement délicat, et les opinions des exploitants d’hydravions et des riverains sont souvent diamétralement opposées. Transports Canada est régulièrement appelé à intervenir dans ce type de situation pour aider les parties à trouver des solutions sur mesure, et il se trouve qu’avec un peu de collaboration, une bonne planification et en appliquant quelques précautions simples, il est possible de réduire le nombre de décibels (mesure du bruit) qui affecte les résidents et de maintenir ou de rétablir de bonnes relations de voisinage.

Passons en revue certains faits établis à propos du bruit. Je les ai regroupés en trois catégories : l’émetteur, les facteurs environnants et le récepteur. Il ne s’agit pas d’une liste complète et vous les connaissez peut-être tous, mais il se peut aussi que vous en découvriez de nouveaux ou que le fait d’en faire l’inventaire vous amène à faire une réflexion.

L'émetteur

  • Les hélices à deux palles font plus de bruit que les hélices à trois palles;
  • Certains types de moteurs produisent plus de décibels, surtout à plein régime;
  • L’intensité du bruit dérange moins que l’exposition répétée, c’est-à-dire qu’un bruit très fort de courte durée dérange moins qu’un bruit répétitif d’intensité moyenne (des posés-décollés par exemple);
  • Le nombre de décibels décroît avec la distance, c’est-à-dire que si vous décollez plus loin de la rive ou si vous survolez les résidences à plus haute altitude, le bruit perçu par le riverain sera moins fort.

Les facteurs environnants

  • Le vent transporte le bruit en aval;
  • Le relief peut empêcher le bruit de se disperser. Ainsi, les collines qui entourent souvent les lacs agissent comme une caisse de résonance.

Le récepteur

  • La tolérance au bruit diffère d’un individu à un autre. Des études démontrent que certaines personnes sont plus sensibles au bruit et davantage incommodées par sa présence;
  • La tolérance au bruit varie selon l’activité que l’on fait et selon la période de la journée. Par exemple, un bruit qui survient à 6 h un dimanche matin alors que l’on dort est beaucoup plus irritant que le même bruit à 14 h un samedi après-midi alors que l’on travaille sur le terrain.

Comment utiliser cette information à bon escient? Que vous soyez un pilote privé qui utilise son hydravion de façon occasionnelle ou un exploitant qui effectue des excursions aériennes, soyez pro-actif. Prenez en considération le facteur « bruit » au moment de choisir le type d’appareil que vous utiliserez; consultez la municipalité et les citoyens avant de commencer vos activités afin de connaître leurs préoccupations; évitez de mener des activités aux heures « risquées »; planifiez votre course au décollage afin de vous éloigner des secteurs les plus densément peuplés et réduisez à la puissance de montée dès que possible; ajustez votre trajectoire afin d’avoir un angle d’approche plus prononcé (moteur réduit) plutôt que de faire une approche basse avec beaucoup de puissance; évitez de vous approcher ou de survoler inutilement les habitations; maintenez une bonne communication avec les gens; prenez le temps de leur expliquer vos contraintes de sécurité et, en dernier lieu, tentez de trouver des solutions à l’amiable. Selon notre expérience, il n’y a rien de plus efficace que la communication, le respect et la confiance pour éviter que la situation ne dégénère. En appliquant ces quelques conseils, vous pourrez profiter pleinement de votre loisir préféré en tant que pilote privé et si vous travaillez dans le domaine, vous éviterez la publicité négative pour votre entreprise et les procédures juridiques de toutes sortes qui découlent des conflits.

Bien entendu, vous ne devez jamais compromettre la sécurité pour réduire le bruit à tout prix, mais il est souvent possible d’intégrer de bonnes pratiques de gestion du bruit sans mettre votre sécurité en jeu.

Bon vol!

Directrice régionale de l’Aviation civile
Région du Québec
Diane Desmarais

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