Sécurité aérienne - Nouvelles 3/2003

Sécurité du système

Quelles lignes électriques?

par Garth Wallace

avion sur flotteurs
Les lignes électriques...ce qui donne des nuits blanches aux pilotes d'avions sur flotteurs...

Mon premier passager, en ce matin bruineux, est propriétaire d'un chalet sur un lac éloigné. Le temps commence à se lever, mais nous attendons encore un peu, assis dans l'hydravion à flotteurs quadriplace amarré au quai, que le plafond et la visibilité augmentent encore pour partir. Il parle et je l'écoute.

C'était la première fois qu'il faisait appel à un tel service aérien. « J'habite en ville, mais je vais à mon chalet, dans le Nord, chaque fois que j'en ai l'occasion », me dit-il. « D'habitude, je vais en voiture jusqu'à la marina qui se trouve à l'autre extrémité du lac, puis j'effectue les cinq derniers kilomètres qui me séparent de mon chalet en canot à moteur. Quand je vais chercher des provisions en ville, je m'arrête souvent ici pour regarder les avions. Je me suis toujours dis que, un jour, je m'offrirai le plaisir de faire le trajet en avion. Et me voilà! »

Il me dit que cela ne l'ennuie pas d'attendre que le temps se lève. Il n'a jamais volé en avion et me dit qu'il apprécie de pouvoir découvrir ainsi les différents aspects d'un service aérien. Il considère même ce retard comme une sorte de supplément.

Normalement, nous conduisons les clients jusqu'à leur camp de pêche ou à leur chalet et en revenons à vide. À la fin de leur séjour, nous allons les chercher à vide et les ramenons. Cette manière de faire n'a pas du tout semblé rentable à mon client qui s'est arrangé pour ne payer qu'un vol. Je dois l'emmener à son chalet, où nous déchargerons son matériel, puis le ramener en ville où il prendra sa voiture pour se rendre à son chalet par la route comme d'habitude. Ce stratagème lui permet d'effectuer deux trajets en avion pour le prix d'un et de ne pas avoir à payer le prix d'un deuxième aller-retour pour le ramener.

Le temps s'est suffisamment levé pour décoller. Je fais signe au garçon préposé au quai de larguer les amarres. Nous dérivons légèrement, puis je démarre le moteur et m'éloigne. Mon passager est curieux du fonctionnement des commandes et des instruments de l'appareil et je lui en explique les rudiments tout en faisant des cercles pour réchauffer le moteur. Notre charge et légère et nous décollons sans peine.

Mon passager demeure, pendant la plus grande partie du trajet, collé à sa fenêtre, dévorant des yeux les lacs et les forêts qui défilent sous nos pieds. Il m'a indiqué sur une carte que son chalet se trouvait sur le bras principal d'un grand lac. C'est la première fois que je viens ici et, à notre arrivée, je fais un survol à basse vitesse au-dessus de l'étendue d'eau avant d'amerrir. Le visage de mon passager s'illumine lorsqu'il découvre sa propriété vue des airs. J'inspecte cette baie allongée à la recherche de rochers, de rondins ou de lignes électriques traversant le lac, tandis que mon passager examine les modifications apportées par ses voisins à leur propriété. Les eaux sombres semblent claires et profondes en ce matin gris. Rien ne semble obstruer ce lac. En l'absence de vent, j'établis une trajectoire en direction de l'ouverture de la baie, amerris en douceur et m'arrête à proximité du quai de mon client.

Nous déchargeons son matériel et remontons dans l'hydravion pour le vol de retour. Le décollage se déroule sans problème. Aucune embarcation ne se trouve sur le lac, l'appareil est léger et nous avons toute la longueur de la baie, plus quatre kilomètres de lac, pour décoller. Il est difficile, à cause du bruit, de se parler en vol, mais je lui indique néanmoins quelques points d'intérêt locaux sur le chemin du retour à la base.

Après l'amerrissage, mon passager me remercie tandis nous nous dirigeons vers le quai. Il est visiblement très excité par ce vol. « Je me suis toujours demandé si, pour se poser près de chez moi, le pilote passerait au-dessus ou au-dessous des lignes électriques qui traversent la baie ».

Je reste muet. Je me sens blêmir. Quelles lignes électriques? Je n'en ai vu aucune!

Je comprends que nous sommes passés, à l'amerrissage comme au décollage, à deux doigts de nous prendre dans des lignes électriques. Paralysé rien qu'à y penser, je tarde à couper le moteur alors que nous nous approchons du quai. Le garçon, sur ce dernier, a compris ce qui allait se passer. Le flotteur gauche frappe les pneus le long du quai, puis monte sur les planches. L'appareil s'arrête tout de guingois, le flotteur gauche presque complètement hors de l'eau.

J'ouvre ma porte et saute sur le quai. Le garçon m'aide à remettre l'appareil à l'eau. Mon passager descend de l'appareil et se précipite vers sa voiture sans dire un mot, nous adressant au passage un sourire nerveux. Il est le seul à savoir à quel point nous sommes passés prêts des lignes électriques et il est probable qu'il ne veuille plus jamais voler. Parce qu'il croit que l'amarrage d'un hydravion à flotteurs est une manoeuvre dangereuse...

Le chef-pilote me dit plus tard : « J'ai entendu que vous avez balayé le quai ce matin ».

Je lui raconte toute l'histoire. « J'ai respecté toutes les règles que vous m'avez apprises à suivre en approche sur une destination inconnue. Je n'ai vu aucune ligne électrique. Que pouvais-je faire de plus? »

« Vous auriez pu vous renseigner. »

« Auprès de qui? »

« De quelqu'un qui connaissait l'existence de ces lignes électriques. »

Garth Wallace, aviateur, conférencier et journaliste indépendant, vit dans les environs d'Ottawa, en Ontario. Il a écrit sept livres sur l'aviation, qui sont publiés chez Happy Landings (http://www.happylanding.com/). Vous pouvez lui écrire à : garth@happylanding.com.

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