Sécurité aérienne - Nouvelles 3/2003

Sécurité du système

Le maintien des compétences personnelles - à ne pas prendre à la légère...

Tandis que mon copilote (il s'agissait en réalité d'un de nos pilotes d'entraînement qui m'accompagnait étape par étape au cours d'un vol d'entraînement périodique) m'énumérait la liste de vérifications monotone, je cherchais à tâtons de la main droite sur le panneau inférieur de commande des circuits électriques les deux éléments qu'il venait de m'énumérer une minute plus tôt. La batterie n'était même pas encore activée que déjà je dandinais en arrière les deux mains accrochées au tuyau d'échappement. mauvais départ, sans aucun doute, mais par ailleurs une bonne prise de conscience.

J'avais, bien entendu, plusieurs excuses valables pour expliquer mon manque de familiarité apparent. Comme dans bien des cas pour un pilote qui se retrouve plus souvent assis devant un bureau qu'aux commandes d'un aéronef, je n'avais pas beaucoup piloté ce type d'aéronef au cours des derniers mois, à l'exception de peut-être trois ou quatre vols de courte durée au cours desquels j'avais pu me réfugier derrière la liste des vérifications et répéter la même routine. Le hasard des choses ne cessait de repousser mon vol d'entraînement pour toutes sortes de raisons, que ce soit à cause de la température, de l'aéronef, du pilote d'entraînement, d'un voyage, d'un de mes enfants qui était tombé malade, de ma voiture qui est tombée en panne, etc. Je présume que de tels retards n'arrivent jamais aux autres. Je n'avais pas non plus beaucoup étudié en vue de cet entraînement; il faut croire que je n'avais pu libérer quelques heures de mon horaire chargé dans le but de me rafraîchir la mémoire sur les marches à suivre pour sauver ma peau en situation d'urgence à 20 000 pi d'altitude car, je me rassurais, ça ne m'arrivera jamais.

Ce petit épisode m'a incité à relancer un débat avec mes collègues : comment un pilote peut-il réellement maintenir ses compétences à jour? Comment faire pour savoir si nous sommes à la fine pointe de la connaissance au sujet de notre aéronef? Selon moi, le problème auquel nous sommes confrontés est que les normes de compétences et le maintien des compétences varient d'un pilote à l'autre en raison de la vaste gamme des différentes circonstances personnelles et professionnelles. Il est donc impossible à toutes fins pratiques de formuler une solution miracle en raison de la multitude des conditions et des situations propres à chaque pilote.

Les pilotes de ligne, de transport régional, et d'hélicoptères qui pilotent régulièrement et presque toujours le même type d'aéronef, peuvent généralement être assurés de maintenir leurs compétences à jour. Bien sûr, ces entreprises ont aussi à leur service des pilotes qui poussent du papier plus souvent que des manettes, et ceux-ci pourraient carrément se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond.

Dans le secteur privé, de nombreux pilotes sont sérieux, effectuent souvent des vols, possèdent leur propre appareil et restent à jour en lisant les livres : il s'agit des « enthousiastes » et ces derniers peuvent également avoir suffisamment confiance en leurs connaissances et leurs habiletés. Ce qui devrait nous intéresser, c'est l'important écart qui sépare ces deux extrêmes.

Considérons un jeune pilote professionnel qui doit piloter trois ou quatre types d'aéronef différents pour le compte d'une petite entreprise de vol IFR effectué par un seul pilote; ou encore le pilote privé « mature » qui a obtenu sa licence avant l'invention du bouton à quatre trous et qui prétend piloter régulièrement (c.-à-d. une fois par année); ou les pilotes gestionnaires qui doivent composer quotidiennement avec les problèmes de l'affectation du personnel, de l'établissement d'une clientèle, de la gestion d'horaires complexes, du désamorçage de situations explosives dans un bureau et qui, soudainement, se retrouvent dans un poste de pilotage pour effectuer un vol impromptu? Dans de telles conditions, comment pouvons nous être sûrs de toujours être au summum?

Et finalement, l'ultime question sans réponse : combien d'heures par mois ou par année faut-il pour se maintenir à jour? Eh bien, chaque pilote aura sa propre réponse à cette question. La plupart répondent que ça dépend des antécédents, des qualifications et de l'expérience de chaque pilote ainsi que du type de vol à effectuer, etc. Un pilote qui compte plusieurs milliers d'heures de vol possède une expérience solide, mais il nécessite tout de même un contact régulier, tout comme un pilote débutant, pour que ses habiletés ne s'émoussent pas. Prenez quelques minutes pour analyser votre propre situation et votre niveau de maintien des compétences, et ce, pour tous les types d'aéronef que vous pourriez être appelés à piloter. En effet, lorsque tout fonctionne tel qu'il est indiqué, un avion se pilote relativement bien. Mais combien d'entre nous nous sentons parfois, comme ce fut mon cas cette journée là, comme si nous nous accrochions au tuyau d'échappement?

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