Après l'arrêt complet - Discipline aéronautique : chose du passé ou de l'avenir?

par Michel Treskin, inspecteur de la sécurité de l'aviation civile, Sécurité du système, Région de l'Ontario, Aviation civile, Transports Canada

L'été dernier, je suis allé à un rassemblement de 60 à 70 aéronefs organisé par un aéroport local. La journée du départ, je suis sorti pour voir combien d'aéronefs pouvaient, en bon ordre et ne disposant que d'une seule piste, quitter une aire de trafic particulièrement encombrée. J'ai été choqué de constater qu'environ 90 % des pilotes ne faisaient pas d'inspection extérieure, ni ne lançaient le « clear prop » (éloignez-vous de l'hélice) avant de démarrer le moteur. Je n'en croyais pas mes yeux! J'étais encore plus choqué de voir comment ces pilotes se préparaient au départ. Je m'attendais à ce que chaque aéronef roule jusqu'à un point à l'écart de la piste où effectuer le point fixe et toutes les autres vérifications avant décollage. Cependant, environ 90 % des pilotes ne prenaient pas la peine d'effectuer ces vérifications, et la plupart semblaient être pressés de partir. Ce n'était pas la première fois que je constatais que des pilotes n'accomplissaient pas ces vérifications. Il est tout aussi important de les faire que d'obtenir la météo avant le vol. Une personne responsable aux commandes d'un aéronef se doit d'effecteur ces vérifications, et ce comportement professionnel s'appelle la discipline aéronautique.

Lorsque j'ai suivi ma formation militaire, la discipline aéronautique était traitée sur un pied d'égalité avec les règlements. On nous enseignait comment devenir de meilleurs aviateurs et ne jamais prendre de raccourcis. Nous étions considérés comme des professionnels. Un dictionnaire définit le professionnel comme étant « une personne de métier, spécialiste (opposé à amateur) ». La définition donnée parmi les pilotes dit « quelqu'un qui a reçu une formation dans un centre de formation professionnelle ». Un professionnel peut-il automatiquement être un expert en discipline aéronautique? Ou la discipline aéronautique est-elle une compétence acquise après des années d'expérience? Pour répondre à ces questions (ce qu'est la discipline aéronautique, si elle existe ou pas dans nos compétences non techniques), nous devons en comprendre les principes fondamentaux.

La discipline aéronautique devrait être envisagée dans son ensemble. Elle comprend la discipline, les aptitudes, la compétence, la connaissance de soi, la connaissance de son aéronef, la connaissance de l'environnement ainsi que des risques associés au vol. Elle comprend aussi la conscience de la situation et un jugement sûr. Les trois principes fondamentaux en sont : l'aptitude, la compétence et la discipline. Quand les trois sont appliqués en même temps, la personne devient un pilote plus sûr et plus efficace. Les aptitudes se présentent selon quatre niveaux (Tony Kern) : niveau un, la sécurité (suffisante pour voler à l'abri du danger); niveau deux, l'efficacité (être capable d'évoluer dans un contexte local ou de vol-voyage de façon à vouloir se débrouiller tout seul); niveau trois, l'efficience; niveau quatre, la précision et l'amélioration permanente. Le pilote moyen de l'aviation générale atteindra probablement le niveau deux. Ce n'est que grâce à une formation supplémentaire qu'il pourra passer au niveau trois. Les recherches (Wiegmen et Shappell) ont montré que plus de 80 % de tous les accidents de l'aviation générale étaient attribués à un manque d'aptitudes (erreur pour cause d'aptitudes insuffisantes) - la simple habileté, ou son absence, à contrôler le manche ou le palonnier. Les compétences de vol sont irremplaçables.

Imaginons maintenant les conséquences (dégradation) de l'automatisation sur nos aptitudes élémentaires au pilotage. La compétence est beaucoup plus facile à acquérir. Au départ, plus on vole régulièrement, plus la capacité de le faire est grande. Une piètre compétence est un facteur de risque aussi élevé qu'une faible expérience (Yacovine et al., 1992). Il ne faut pas hésiter à faire appel aux services d'un instructeur de vol qualifié après une longue période passée sans voler. Vous pouvez être sûr qu'une heure de vol de recyclage vous fera beaucoup de bien et réduira sensiblement les risques. Généralement, la plupart d'entre nous volons à l'occasion, lorsque les conditions météo sont propices. La compétence personnelle étant un sujet tellement propre à chacun, il est difficile de généraliser, que ce soit du point de vue de la réglementation ou des résultats des études, de façon à ce que tous s'y retrouvent.

La discipline en vol est le fondement de la discipline aéronautique. Une bonne discipline aéronautique n'admet pas les écarts délibérés aux règlements et aux procédures acceptés, ou au bon sens. L'infraction à la discipline en vol constitue un facteur essentiel de nombreux accidents dus aux facteurs humains. La discipline aéronautique implique aussi une maximalisation de la conscience de la situation, afin d'être prêt à répondre aux événements inattendus. Une structure solide de discipline aéronautique mène naturellement à un jugement sûr et à une meilleure prise de décisions.

En tant que pilotes professionnels, nous devons être prêts à faire face à toute situation. N'oublions pas que voler comporte des risques, et que nous devons constamment réduire et gérer ces risques à un niveau minimal acceptable. Le remède à cette flambée d'accidents et d'incidents dus à des erreurs humaines, nous l'avons au bout des doigts : par l'auto-amélioration, nous (en tant qu'aviateurs) pouvons influer sur l'évolution de la culture en aviation. Pensons et agissons tous en pilotes professionnels chaque fois que nous nous préparons à prendre les commandes!

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