Après l'arrêt complet

DEBRIEF

 

 

Le compteur de chance — Ne partez pas sans lui!
par Rob Freeman, gestionnaire de programme, Normes relatives aux giravions, Normes opérationnelles et d'agrément, Normes, Aviation civile, Transports Canada

Il est intéressant de noter qu'en 2008, la durée de vie moyenne de nombreux articles électroniques est mesurée en mois, car ces articles deviennent vite désuets. Essayez de faire réparer un ordinateur âgé de trois ans; on vous regarde comme si vous l'aviez déniché dans une fouille archéologique. « Désolé, mais on ne répare plus ce modèle. Il est bien trop vieux!  » L'évolution de la technologie et le changement se produisent de plus en plus rapidement. Malgré tout, nous nous accrochons à d'anciens concepts obscurs comme la chance et autres choses qui demeurent inexplicables.

Il est vrai que tous les événements comportent un élément de hasard. Même les bons pilotes subissent des contretemps, comme la foudre qui tombe par une journée relativement claire. Toutefois, les accidents résultent plus souvent d'une mauvaise planification et de multiples facteurs — dont bon nombre auraient pu être évités — que d'un mauvais karma. Or, combien de fois avons-nous entendu cette rationalisation : « Cet accident était une simple malchance  »? Il n'a pas été causé par une mauvaise planification ou une décision douteuse ni parce que le pilote n'a pas tenu compte des prévisions météorologiques. C'est une force malveillante qui a déterminé le destin du vol. « Peu importe ce qu'aurait fait le pilote, son heure était venue.  »

Un vieux roman portant sur les accidents aéronautiques peu probables et leur caractère inévitable, intitulé Fate is the Hunter, par Ernest K. Gann, est le premier livre qui traite des écrasements d'avion mystérieux et le meilleur en son genre. Il raconte ce qui risque d'arriver lorsqu'un pilote est en panne de chance et qu'il se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Ce roman est toujours sur le marché et constitue une lecture intéressante si vous voulez en apprendre plus sur le sujet.

Il y a quelques mois, je suis allé prendre un café avec un ami de longue date que je n'avais pas vu depuis longtemps et qui travaille maintenant comme gestionnaire régional au Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST). Nous discutions des accidents survenus récemment en essayant de trouver un facteur commun et un moyen de réduire le nombre de victimes. Après réflexion, mon ami s'est mis à dessiner un « compteur de chance » sur sa serviette. Il s'est dit que puisque tant de gens misent sur la chance et que la perception définit la réalité, un tel instrument devrait se trouver à bord de chaque hélicoptère. Le pilote pourrait lire le compteur de chance pour savoir ce qui se passe plutôt que d'avoir un vague sentiment déplaisant sur la façon dont se déroule le vol. On éliminerait définitivement la réaction courante qui consiste à nier que les choses vont mal jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Pourcentage de chance

Pensez-y : Puisqu'il existe un lien évident entre les activités à risque élevé et la malchance correspondante (lien de cause à effet?), nous ne pourrions trouver mieux qu'un compteur de chance pour assurer notre sécurité. Comme la bonne chance découle souvent de pratiques de sécurité fiables (ce qui n'a rien d'étonnant), le compteur aviserait le pilote lorsque ce dernier se fie trop sur la chance, ce qui constitue en fait une perte de contrôle de sa destinée. Le pilote saurait ainsi s'il est en terrain sûr ou s'il joue à la roulette russe.

Cela faisant, j'ai dressé la liste des causes courantes de bonne chance et de malchance de chaque côté du compteur. Il en existe de nombreuses autres, mais cela vous donnera une idée. L'arc gris indique un niveau de risque minimal qui laisse peu de place à la chance. L'objectif est de mettre en place de bonnes pratiques de sécurité avant de commencer le vol et ainsi éviter le plus possible de compter sur la chance.

La probabilité que survienne une mauvaise surprise augmente au fur et à mesure que l'aiguille s'éloigne de l'arc gris (où la conclusion est prévisible) et se déplace vers le beige puis vers le violet. Lorsque l'aiguille est à 100 %,vous comptez uniquement sur la chance. À ce stade, même l'ange gardienabandonne. Les pilotes qui s'aventurent brièvement au-delà du 100 % auront une histoire intéressante à raconter à leurs camarades de bar... s'ils survivent. La plupart d'entre nous avons vécu une ou deux prises de conscience qui ont changé notre vie parce que nous étions presque en panne de chance. D'autres n'ont pas eu cette chance et n'en sont pas revenus.

Le plus dur est fait. Il nous reste seulement à trouver un génie de l'avionique qui mettra en oeuvre ce concept. Avec un peu de chance, nous serons millionnaires.

Merci à Bill Yearwood, gestionnaire régional, BST, Région du Pacifique

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