Sécurité aérienne - Nouvelles 4/2003

Sécurité du système

Le coin de la COPA : à quoi bon faire une ronde d'inspection?

par Adam Hunt, Canadian Owners and Pilots Association (COPA)

Certains pilotes-novices m'ont récemment posé une question. Ils m'ont fait part de plusieurs cas où des pilotes expérimentés ont sauté à bord de leur appareil et ont décollé sans procéder à une inspection pré-vol. Ils se sont demandés s'il valait la peine d'effectuer une telle inspection ou si ce n'étaient au fond que des exercices à l'intention seulement des élèves-pilotes.

Bien sûr, la plupart du temps, un aéronef est resté intact au même endroit depuis son dernier vol. Cependant, une fuite d'huile pourrait s'être formée ou quelqu'un pourrait avoir accroché l'aéronef dans le hangar. Dans certains cas, un voleur pourrait avoir siphonné l'essence du réservoir, n'y laissant que quelques litres. Quelle surprise au décollage! Certains pilotes ont déjà décollé sans avoir retiré les verrous des gouvernes ou avec des blocs de béton accrochés à la queue. Il est primordial d'effectuer une inspection pré-vol complète avant chaque vol.

Il importe encore plus de procéder à une inspection pré-vol lorsque l'aéronef revient de la maintenance ou s'il vient juste d'être réassemblé après avoir été transporté. L'histoire qui suit nous montre que les choses peuvent aller très mal lorsqu'on omet d'effectuer une inspection pré-vol. Le pire, c'est que ce type d'accident est déjà survenu à plusieurs reprises et qu'il est toujours mortel.

Bien que cette histoire mette en cause un type particulier d'avion, soit l'avion ultra-léger Pterodactyl Ascender, la leçon à tirer est universelle. Ces avions transportables sur le toit d'une voiture sont souvent gardés à la maison en vue de les assembler à l'aéroport juste avant un vol.

L'avion ultra-léger Pterodactyl Ascender

Les constructeurs d'origine ont mené leurs propres enquêtes à la suite des enquêtes officielles sur plusieurs accidents survenus au début des années 1980 où le longeron du bord d'attaque s'est rompu en vol tandis qu'aucun autre composant de l'avion n'a eu de défaillance. Dans chaque cas, l'accident a été mortel. Les enquêtes officielles les ont classés parmi les accidents de source « indéterminée », mais les enquêtes complémentaires en usine ont trouvé le problème. Dans chaque cas, le longeron s'est rompu immédiatement à l'extérieur du point de jonction du manchon du longeron intérieur, là où les câbles d'haubanage intérieurs rejoignent le longeron. Ce dernier s'est rompu vers le haut et s'est tordu en se rompant, ce qui distingue nettement ce type de défaillance.

Ces défaillances des longerons avaient toutes la même signature et la même cause : l'entretoise intérieure n'avait pas fait son travail. Chaque aile comporte deux entretoises. Ces dernières sont conçues pour séparer les longerons tubulaires avant et arrière et aussi pour absorber les contraintes de compression entre les longerons des ailes. Si l'entretoise intérieure est manquante, les deux longerons peuvent se déplacer jusqu'à ce que l'un deux se brise. Comme le câble de centrage de la cage de pilotage retient le longeron arrière, c'est donc le longeron avant qui se rompt.

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les entretoises peuvent faillir à leur tâche. Une défaillance pourrait survenir au niveau des ferrures de fixation des entretoises, des boulons ou des entretoises elles-mêmes. Aucun cas de défaillance de ces pièces n'a cependant été consigné. Dans tous les accidents qui ont fait l'objet d'une enquête, les pièces susmentionnées n'étaient pas endommagées. La cause la plus probable de ces accidents est le montage incorrect des entretoises lors de l'assemblage de l'avion.

Les avions ultra-légers Pterodactyl Ascender sont conçus pour être démontés et remontés rapidement. Les entretoises sont fournies en deux morceaux reliés par un verrou à coulisse. Si les deux morceaux des entretoises ne sont pas raccordés au cours de l'assemblage ou si le verrou à coulisse n'est pas mis en place, le longeron subira une défaillance en vol. L'exigence relative à la vérification de cet élément est clairement décrite dans le manuel d'assemblage du Pterodactyl. La voilure du Pterodactyl est munie de quatre fermetures à glissière conçues expressément pour permettre la vérification pré-vol de cet élément.

Une bonne inspection pré-vol représente la meilleure prévention contre ce type de défaillance des longerons. Une attention particulière devrait être portée à leur inspection après le remontage de l'avion ou après qu'il ait fait l'objet de travaux maintenance dans la zone des entretoises.

Votre avion peut comporter des éléments cruciaux d'inspection pré-vol sans nécessairement avoir des entretoises du type « raccord à démontage rapide ». Tous les avions ont des éléments qui doivent être inspectés avant chaque vol comme les verrous des gouvernes, l'arrimage, le carburant, l'huile et les autres liquides, en plus des nombreux autres éléments de la structure et des commandes sensibles aux dommages.

Alors, est-il vraiment nécessaire de faire une ronde d'inspection avant de piloter tout type d'aéronef? Je vous le garantis!

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