Sécurité aérienne - Nouvelles 4/2004

Sécurité du système

Une approche systémique de la gestion des risques

L'aviation est depuis toujours un milieu en constante évolution. En 2003, le Canada s'est joint au reste du monde pour célébrer le 100e anniversaire du premier vol propulsé effectué le 17 décembre 1903 par deux frères et fabricants de bicyclettes de Dayton (Ohio). Quelque cinq ans plus tard, à Baddeck, en Nouvelle écosse, l'ingénieur J.A.D. McCurdy a marqué les débuts de l'aviation canadienne en faisant voler son Silver Dart et a légué à l'aviation un héritage magnifique. Ces pionniers prenaient des risques mais n'avaient aucune idée comment gérer ces risques dans ce nouvel environnement. À l'aube de notre deuxième siècle de vol, nous nous concentrons davantage sur la gestion efficace des risques afin d'améliorer le rendement économique et le rendement en matière de sécurité au sein du milieu aéronautique.

L'approche systémique de la gestion des risques sera la pierre angulaire de notre plan stratégique d'ici 2010 — une évolution naturelle mais qui suit un tracé révolutionnaire. Cette approche, qui consiste à utiliser les processus existant déjà dans la plupart des organismes aéronautiques plutôt qu'à en créer de nouveaux, comprend d'abord et avant tout des processus permettant de définir clairement la hiérarchie des responsabilités. L'avenir que nous bâtissons exigera que le milieu aéronautique exerce un niveau de délégation maximal tout en ayant la souplesse nécessaire pour satisfaire aux exigences en matière de sécurité de la manière la plus rentable possible. En d'autres termes, le cadre réglementaire doit être de plus en plus axé sur le rendement afin que les approches systémiques puissent être mises en oeuvre et qu'il y ait amélioration constante du rendement en matière de sécurité.

La mise en oeuvre de cette nouvelle politique en vue d'assurer l'avenir de la sécurité aérienne au Canada est notre priorité absolue. Toutefois, la mise en oeuvre d'une nouvelle politique en matière de sécurité n'est pas sans comporter de risques, surtout si l'on tient compte du fait que l'ancienne politique a produit d'excellents résultats. Le taux d'accidents continue de diminuer, comme il le fait depuis quelques années, et les résultats préliminaires du dernier sondage public indiquent que la confiance à l'égard de la sécurité aérienne a augmenté. En effet, le niveau de confiance est passé de 60 % en 2002 à 67 %. Alors pourquoi changer?

Premièrement, les données démographiques futures indiquent que le cadre de sécurité actuel n'est pas viable en raison d'un manque de personnel technique qui est prévu au sein du milieu aéronautique. Il n'y aura donc pas suffisamment de personnel qualifié pour surveiller le système actuel du point de vue de la réglementation. Deuxièmement, le taux d'accidents est loin d'avoir stagné au cours des 10 dernières années. D'après les estimations, le taux d'accidents actuel appliqué à un milieu aéronautique croissant résultera en un nombre d'accidents inacceptable et, par conséquent, la confiance du public à l'égard du système diminuera.

Bien que l'objectif de l'Aviation civile en matière de sécurité n'ait pas changé et que le programme demeure le même, le monde, lui, a changé, et l'organisation doit s'adapter. L'Aviation civile doit être outillée pour atteindre ses objectifs dans ce milieu en évolution. Nous continuerons à recruter des gens expérimentés du milieu aéronautique pour en faire des inspecteurs, mais nous avons aussi besoin de gens qui connaissent les systèmes. Pour l'aviation civile au Canada, le plus grand défi consiste à apporter les changements de culture nécessaires. Toutefois, comme ces pionniers du siècle dernier qui prenaient des risques, je crois que nous pouvons relever le défi et assurer l'avenir de la sécurité aérienne.

Merlin Preuss
Directeur général, Aviation civile
Transports Canada

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