Après l’arrêt complet : Avitaillement de 3 Robinson R44 II avec le mauvais type de carburant!

Le présent article est tiré d'un avis de sécurité aérienne émis par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), et du résumé de classe 5 du BST no A11Q0036.

Le 1er mars 2011, un hélicoptère Robinson R44 II avec deux personnes à bord, effectuait un vol VFR de l'aéroport de Port-Menier à destination de l'aéroport international Jean-Lesage de Québec avec une escale à l'aéroport de Forestville (Qc) (CYFE) pour avitaillement. Le R44 II était accompagné par deux autres Robinson R44 II. Lors de l'escale à CYFE, les trois appareils ont été avitaillés par erreur avec du carburant Jet A-1 alors que du carburant AVGAS 100LL était requis. Au départ de CYFE, lors de la montée initiale, le moteur du R44 II a perdu de la puissance et le pilote a effectué un atterrissage forcé dans un quartier résidentiel. Les deux personnes à bord ont subi des blessures nécessitant leur transport à l'hôpital. L'appareil n'a pas pris feu mais a été lourdement endommagé. Les deux autres appareils se sont posés et n'ont subi aucun dommage structural, néanmoins une inspection a dû être effectuée sur ces appareils.

Lors de l'avitaillement, les pilotes étaient présents et ont assisté le préposé, sans toutefois s'apercevoir qu'il utilisait la pompe du carburant identifiée au Jet A-1. Par la suite, ils ont apposé leur signature sur le bordereau de remplissage, bien que ce dernier indiquait clairement que du carburant Jet A-1 avait été pompé dans les réservoirs. Les trois appareils étaient munis d'une affiche près des réservoirs, indiquant leur quantité maximale et le grade d'essence à employer. Ces mesures de défenses n'ont pas suffi à éviter l'erreur. À noter que le préposé à l'avitaillement était un nouvel employé depuis décembre 2010 et sa formation était limitée.

La buse du carburant Jet A-1 servant à l'avitaillement avait un diamètre de 1 po, ce qui permettait au préposé de l'insérer dans l'orifice de remplissage des réservoirs d'AVGAS des trois R44.

Bien qu'il n'existe pas de normes sur la dimension des buses servant à l'avitaillement des appareils aux aéroports canadiens, il existe des normes de navigabilité pour la délivrance des homologations de type et des changements à ces certificats de type pour les avions de la catégorie normale, utilitaire, acrobatique et navette. Le sous-chapitre 523.973 du Règlement de l'aviation canadien précise que, pour les avions dotés de moteurs pour lesquels l'essence est le seul carburant autorisé, le diamètre de l'orifice de remplissage ne doit pas dépasser 2,36 po alors que pour les avions à turbine, le diamètre intérieur de l'orifice de remplissage ne doit pas être inférieur à 2,95 po. Cependant, il n'existe aucune norme concernant les hélicoptères.

Lors de l'installation initiale des équipements aux aérodromes et aéroports, plusieurs fournisseurs d'essence et de carburant équipent les stations d'avitaillement de buses d'avitaillement de dimensions différentes afin d'éviter de telles erreurs. Normalement, les buses utilisées pour l'essence AVGAS ont un diamètre de 1 po alors que les buses pour l'avitaillement de Jet A-1 sont de 3 po de diamètre au minimum. Donc, même si l'avitailleur commet l'erreur de ne pas choisir le type de carburant approprié, la buse d'avitaillement de 3 po ne peut pas s'insérer dans l'orifice plus petit des réservoirs dont sont munis la majorité des avions équipés de moteur à pistons.

Le R44 II, qui requiert du AVGAS, est équipé d'un orifice de remplissage de 1 ½ po. Le Bell 206 à turbine quant à lui possède un orifice de remplissage de 3 ¼ po. Cependant, le modèle d'hélicoptère Aérospatiale AS350 possède un orifice de remplissage de 2,28 po. Donc, pour qu'il soit possible d'avitailler un AS350 en Jet A-1, la buse de 3 po doit être modifiée ou changée pour une buse de plus petite dimension. Considérant qu'il existe plus de 450 appareils AS350 enregistrés au Canada, il est permis de croire qu'un grand nombre de stations d'avitaillement canadiennes ont dû modifier les buses de remplissage tout comme à l'aéroport de Forestville, afin de pouvoir être en mesure d'accommoder ces hélicoptères.

Des événements similaires se sont produits au cours des dernières années, non seulement sur des hélicoptères mais aussi sur des avions équipés de moteur à piston. Ce dernier événement démontre donc que malgré les mesures de défenses en place, il existe toujours un risque potentiel que le mauvais type de carburant soit pompé dans les réservoirs. Nous rappelons donc aux fournisseurs de carburant et aux responsables des stations d'avitaillement du risque associé à la dimension de buses d'avitaillement ainsi que l'importance de la formation des préposés à l'avitaillement. Finalement nous rappelons à tous les pilotes de porter une attention particulière au type de carburant lors de l'avitaillement de leurs appareils.

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