Le laisser-aller (TP 2228F-36)

Promotion et sensibilisation en matière de sécurité

De tous les risques pouvant compromettre le succès d’un programme de sécurité, le laisser-aller est l’un des plus courants et des plus constants. Il se caractérise par un sentiment de satisfaction trompeur et injustifié qui se manifeste lorsqu’un certain niveau de compétence est atteint, et il occasionne une stagnation et une érosion subtile des compétences. Il constitue la principale préoccupation de tout organisme de même qu’un sérieux problème qui requiert une surveillance constante. Lorsque ce comportement est adopté par les pilotes et le personnel de maintenance, il donne inévitablement lieu à des accidents aussi bien dans les airs qu’au sol.

Il est facile d’en reconnaître les premiers symptômes; ils apparaissent lorsque les procédures de contrôle de surveillance sont assouplies et que les objectifs deviennent flous. Le manque de conscience professionnelle et d’enthousiasme au travail devient alors palpable, et les normes courantes prescrites en matière de rendement et d’application ne sont plus observées. Prenons comme exemple, les pilotes qui évoluent systématiquement dans le même environnement et qui, sûrs de leur expérience et de leurs compétences, se persuadent qu’il n’est pas nécessaire de fournir une planification de vol détaillée. Lorsqu’ils fournissent des exposés (s’ils le font…), ces derniers sont de plus en plus sommaires puisque ces pilotes présument que les membres d’équipage savent quelles sont les attentes à leur égard, ou quelles sont les responsabilités ou les tâches qu’ils doivent assumer. Cette attitude prévaut alors pendant tout le vol et entraîne une utilisation inefficace du temps de vol, ce qui peut donner lieu à un incident, à un accident ou à des blessures. Dans le cas du personnel d’un service de maintenance qui ferait preuve de laisser-aller, ce dernier se reflèterait dans une mauvaise gestion des ressources humaines et matérielles. Peu importe l’exemple choisi, les résultats sont identiques : non-respect des normes relatives à la qualité de l’exécution des tâches; absence d’engagement et risque accru d’accidents.

Le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » est de toute évidence très pertinent dans de telles circonstances. Comme il est très difficile d’enrayer le laisser-aller une fois qu’il a été adopté, il est donc préférable et beaucoup plus simple de tout faire pour le prévenir. Dans un cas comme dans l’autre, les mesures à prendre sont fondamentalement les mêmes. Les superviseurs doivent déterminer quelles sont les normes exigées en matière de rendement et de qualité de la production, et voir à ce qu’elles soient connues et comprises. Par la suite, en exerçant une saine discipline et un solide leadership, ils doivent veiller à ce que ces normes soient respectées. Ils doivent également définir les exigences réelles et fournir à leur personnel les moyens d’atteindre les objectifs établis. En présence de défis à relever et d’objectifs réalistes à atteindre, et muni des connaissances et de la motivation nécessaires, aucun pilote, mécanicien ou commis n’optera pour le laisser-aller.

Commandant
MAG-56

Cet article est une traduction de l’article « Complacency », publié dans les numéros de juillet 1971 et de mai/juin 2008 du magazine Approach, la revue sur la sécurité aérienne de la United States Navy et des Corps des Marines des États-Unis. Réimpression autorisée.

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