Comprendre les bruits sous-marins d’origine anthropique

Sommaire exécutif

Les sources de bruits sous-marins d'origine anthropique (de source humaine) n'ont cessé de croitre depuis les cinquante dernières années. Ces bruits constituent en réalité un sous-produit de l'importante augmentation des activités humaines maritimes.

La navigation commerciale figure parmi les principaux contributeurs de bruits anthropiques à basse fréquence, principalement générés par l'hélice et les machineries à bord des navires. Ces fréquences sonores peuvent se propager très efficacement et sur de très grandes distances dans les environnements marins. Dans l'océan Pacifique Nord, des suivis acoustiques ont démontrés que depuis les années 1960, le bruit ambiant de basse fréquence, <80 hertz (Hz), a augmenté de 10-12 décibels (dB), coïncidant avec une augmentation du double du trafic maritime mondial. Cette augmentation substantielle a éveillé plusieurs préoccupations quant à l'impact de ce bruit sur la faune marine, qui utilise les sons pour communiquer, naviguer, s'alimenter et se reproduire.

Reconnaissant que les scientifiques et la communauté internationale ont identifié que le bruit des navires pouvait avoir des conséquences négatives à court et à long termes sur les espèces marines, l'Organisation maritime internationale (OMI) a publié, en 2014, des lignes directrices volontaires traitant des impacts négatifs des bruits sur la faune marine. Ces lignes décrivent quelques méthodes pouvant être appliquées afin de réduire les émissions sonores des navires commerciaux. En tant que signataire à l'OMI et entité régulant le transport maritime au Canada, Transports Canada a jugé essentiel de mieux comprendre la problématique des bruits sous-marins au Canada. C'est dans ce contexte que le ministère a commandé la présente étude à La Corporation de gestion de l'Alliance verte pour :

  • Décrire l'enjeu émergent et ses impacts sur la vie marine;
  • Décrire comment la navigation commerciale contribue au bruit ambiant dans les océans;
  • Expliquer les principales sources de bruit sur un navire;
  • Compiler les principales initiatives internationales traitant de l'enjeu des bruits sous-marins;
  • Énumérer différents ateliers de travail et conférences internationales sur le sujet dans les dernières années;
  • Faire état des projets de recherche sur le bruit au Canada;
  • Faire ressortir les besoins en recherche pour bien évaluer l'impact des bruits sous-marins d'origine anthropique sur la faune marine;
  • Dresser une liste de recommandations en collaboration avec des partenaires de l'industrie et de l'environnement sur les actions à prendre pour aborder l'enjeu.

Évaluer la contribution de la navigation commerciale et ses impacts sur la vie marine est complexe. Ce rapport constitue un rassemblement des connaissances techniques sur les bruits sous-marins et ses impacts potentiels sur l'environnement marin. Ce rapport détaille l'information sur comment, basé sur les connaissances actuelles, l'industrie maritime contribue aux bruits sous-marins ambiants et permet aux néophytes de saisir en quoi les bruits peuvent représenter une menace à la conservation des espèces marines et au rétablissement des espèces en péril.

L'Alliance verte a entamé ses recherches au mois d'août 2014 alors que son Comité consultatif Côte Ouest lui donnait le mandat de se pencher sur cet enjeu et de développer un nouvel indicateur de rendement sur les bruits sous-marins à son programme environnemental. Un groupe de travail formel a alors été créé, permettant déjà de rassembler plusieurs experts en la matière et des gens concernés par l'enjeu autour d'une même table : la communauté scientifique (acousticien, architecte naval, chercheur universitaire), l'industrie maritime (armateur, port et terminal) et le secteur gouvernemental (Transports Canada et Pêches et Océans Canada).

Plusieurs échanges avec des scientifiques et des experts en matière de bruits sous-marins du Canada et des États-Unis ont permis de commencer à dresser une liste bibliographique sur le sujet. Finalement, afin de s'assurer que l'information contenue dans ce rapport soit exacte, tous les segments ont été validés par un ou plusieurs experts. Leur nom et organisation respective sont listés dans la section remerciements de ce rapport, mais l'Alliance verte demeure responsable des erreurs qui pourraient s'être glissées dans ce rapport.

Résultats

Le bruit dans les milieux marins provient d'un large éventail de sources, autant d'origine anthropique que naturelle. Il importe de considérer toutes ces sources de bruits dans l'équation. On parle par exemple d'activités industrielles situées à proximité ou directement dans l'eau, la présence d'activités portuaires et la fréquentation de d'autres types d'embarcations (de plaisance, de croisières aux baleines, de pêche, de recherche, etc.). Les bruits d'origine naturelle sont aussi à considérer : craquement des glaces, vent, vagues, pluie, tonnerre, tremblement de terre, bruits émis par les espèces marines et autres. Il est toutefois reconnu que les bruits d'origine anthropique ont augmentés drastiquement dans les dernières décennies et qu'il s'agit d'un enjeu mondial.

Pour évaluer correctement les impacts potentiels des bruits sous-marins sur la faune marine, il s'avère essentiel d'avoir un système d'enregistrement bien calibré efficace sur une large bande de fréquence pour mesurer les bruits ambiants dans des endroits considérés écologiquement importants. Cet item requiert une consultation extensive auprès d'experts locaux et de gens impliqués dans l'acoustique sous-marine.

Les observations comportementales des espèces marines liées à l'émission de bruits d'origine anthropique sont difficiles à interpréter, et ne sont possiblement pas les meilleurs indicateurs pour évaluer le niveau d'impact. La qualification de l'impact des bruits anthropiques sur les espèces marines est d'une grande complexité. En effet, les espèces marines sont acoustiquement uniques et se distinguent de multiples façons : l'âge, le sexe, le stade de développement, le système auditif, les seuils d'audition, la tolérance face aux sources sonores puissantes, l'historique d'expériences sonores antérieures ayant modifié le comportement ou le système auditif en lui-même, l'utilisation de l'environnement sonore dans le cadre de leurs activités biologiques essentielles, les comportements sociaux et autres.

L'identification des seuils acoustiques critiques est complexe, et le devient encore plus dans les cas de bruits chroniques et continus tels que ceux émis par les navires. Dans le cas de bruits forts et pulsés (fonçage de palplanches, explosions ou autres), les seuils acoustiques critiques peuvent généralement être prédis en fonction de la sensibilité de l'espèce à certains seuils d'audition et à l'appareil auditif. De nombreuses études ont été réalisées à ce sujet et pour certaines espèces, les seuils acoustiques critiques sont connus. Or, pour les bruits chroniques, la situation diffère. En effet, on ne peut pas parler de blessures physiques liées aux émissions sonores d'un navire, mais plutôt de dérangement, d'interruption dans les comportements habituels, de masquage dans les communications et l'écholocation, d'augmentation des niveaux de stress et de risques accru de collision avec un navire.

Les bruits sous-marins sont une préoccupation majeure au Canada depuis plus de dix ans et sont identifiés comme une menace importante pour le rétablissement des espèces de mammifères marins en péril. De ce fait, les projets portant sur l'impact des émissions sonores des navires sur les écosystèmes marins sont nombreux. Ministères, universités, firmes d'ingénieries, ONG, tous se mobilisent pour mieux connaître et comprendre les bruits ambiants en des endroits très précis. Pour éviter qu'il n'y ait dédoublement des efforts, il importe de coordonner les initiatives et de faire le suivi de celles qui sont terminées. Il sera ainsi possible de profiter de l'expertise des autres pour faire avancer les recherches ailleurs.

Pour demander une copie du rapport complet intitulé Comprendre les bruits sous-marins d'origine anthropique, veuillez communiquer avec TDCCDT@tc.gc.ca

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