Espèces exotiques envahissantes


Introduction d'espèces exotiques envahissantes

L'introduction et la propagation d'espèces exotiques au Canada représentent une grave menace pour l'environnement et l'économie du pays et la santé et la sécurité des populations humaines. Les répercussions des espèces exotiques envahissantes sont souvent distribuées de façon irrégulière entre les secteurs qui constituent une voie d'invasion et les secteurs qui subissent les effets directs de ces invasions. Les espèces qui sont involontairement introduites lors du rejet d'eau de ballast ont des impacts très divers sur l'aquaculture et la pêche de poissons d'eau douce, mais pas sur l'industrie du transport maritime en tant que telle.


Impacts écologiques

Dans tout écosystème, l'introduction et la propagation d'espèces exotiques sont hautement néfastes en raison des changements négatifs et irréversibles qui peuvent en résulter. Les espèces exotiques qui n'ont pas de prédateurs naturels peuvent décimer les populations d'espèces indigènes en altérant leur habitat, en s'en nourrissant de façon excessive ou en exerçant une forte concurrence pour une source de nourriture particulière.

Certaines espèces peuvent également altérer la dynamique d'un écosystème. Ainsi, la moule zébrée accroît la limpidité de l'eau en filtrant de grandes quantités de phytoplancton, mais la pénétration accrue de la lumière a causé de graves problèmes aux populations de doré (Stizostedion vitreum) et d'autres organismes adaptés aux eaux plus troubles.

la moule quagga (dreissena bugensis) (photographie en bas) une espèce indigène menacée par la moule zébrée (dreissena polymorpha)
La moule quagga (Dreissena bugensis) (photographie en bas) une espèce indigène menacée par la moule zébrée (Dreissena polymorpha).

La pénétration accrue de la lumière favorise également la prolifération de diverses espèces d'algues (p. ex., Cladophora ) à de plus grandes profondeurs. La moule zébrée constitue également une menace importante pour certaines espèces indigènes d'unionides en voie de disparition, comme la moule quagga (Dreissena bugensis), parce qu'elle entre en compétition avec ces espèces pour la nourriture et se fixent sur leur coquille, provoquant ainsi leur mort.


Impacts économiques

Avant l'introduction de la grande lamproie marine* (Petromyzon marinus) dans les Grands Lacs en 1955, on ne soupçonnait pas l'importance des impacts environnementaux et économiques potentiels des espèces exotiques. La grande lamproie marine a décimé les populations de touladis, de corégones et de ciscos dans les Grands Lacs, causant de ce fait des pertes importantes pour les amateurs de pêche sportive et les pêcheurs commerciaux des Grands Lacs. La Commission des pêcheries des Grands Lacs a estimé à 13,5 millions de dollars les sommes consacrées aux programmes de lutte, d'évaluation et de recherche sur la grande lamproie marine en 2001.

Une fois introduite dans le lac Sainte-Claire au début des années 1980, la moule zébrée s'est rapidement propagée à tout le réseau des Grands Lacs. Elle est reconnue pour sa capacité de se fixer sur n'importe quel support solide, y compris la coque, les cordages et les moteurs des bateaux. La moule zébrée est aujourd'hui présente dans toute la portion est du sud du Canada et des États-Unis jusqu'à l'embouchure du Mississipi, dans le golfe du Mexique.

la lamproie marine petromyzon marinus (accrochée à une truite de lac) a provoqué l'effondement de la population de la truite de lac salvelinus namaycush dans les grands lacs vers le milieu du 20e siècle.
La lamproie marine Petromyzon marinus (accrochée à une truite de lac) a provoqué l'effondement de la population de la truite de lac Salvelinus namaycush dans les Grands Lacs vers le milieu du 20e siècle. (Photographie : U.S Fish & Wildlife Service)

une grappe de moules zébrées sur une petite roche.
Une grappe de moules zébrées sur une petite roche. (Photographie : J. Ellen Marsden, Station biologique du Lac Michigan)

La moule zébrée a occasionné des problèmes extrêmement importants aux utilisateurs commerciaux d'eau brute en obstruant les conduites de prise d'eau. Du coup, l'industrie automobile, les stations de traitement de l'eau et les centrales électriques ont vu leurs coûts d'exploitation annuels grimper de façon substantielle.

On estime à près de 44 millions de dollars les dépenses engagées par l'Ontario Power Generation pour empêcher la moule zébrée d'obstruer les prises d'eau de ses centrales électriques. L'impact économique global* de l'introduction du mollusque pour les industries, les entreprises et les collectivités est estimé à plus de 5 milliards de dollars.

Les espèces exotiques peuvent causer de graves préjudices économiques aux collectivités qui dépendent de l'aquaculture pour assurer leur subsistance, tant en eau douce qu'en eau salée. Le problème est d'autant plus grave que l'aquaculture est pratiquée par des collectivités locales et rurales. L'impact de la perte de revenu occasionnée par les espèces envahissantes touche directement les travailleurs et les autres membres de ces collectivités.

Le rejet d'eau de ballast est considéré comme à l'origine de l'introduction d'un parasite des huîtres à l'Île du Cap-Breton. Ce parasite, appelé MSX, s'est ensuite propagé à l'Île du Prince-Édouard, où l'ostréiculture est plus fermement établie. Pour l'industrie ostréicole, l'impact économique résultant des dommages et de la perte potentielle de revenu pourrait s'accroître considérablement au cours des années à venir pour atteindre les millions de dollars.

Par exemple, des organismes phytoplanctoniques toxiques peuvent infecter les populations de moules locales, causant ainsi un préjudice aux mytiliculteurs. Certains tuniciers, aussi connus sous les noms d'ascidies ou de seringues de mer, représentent une grave menace pour l'écosystème marin des provinces de l'Atlantique et pour les industries mytilicole et aquicole. Depuis l'introduction de l'ascidie plissée (Styela clava) dans les eaux de l'Île du Prince-Édouard en 1998, la lutte contre cette espèce envahissante est devenue une priorité, l'industrie mytilicole de l'île procurant de l'emploi à quelque 1 500 personnes et générant des revenus annuels de plus de 23 millions de dollars.

Le crabe vert (Carcinus maenas), originaire de l'Europe, a envahi de nombreuses régions du monde et, du fait de son appétit vorace pour de nombreuses espèces commerciales de clams et de crabes, a causé de lourdes pertes économiques à d'importantes pêcheries. Dans le Canada Atlantique, le crabe vert a été découvert pour la première fois au début des années 1950. Il avait cependant envahi les eaux de la Nouvelle Angleterre plus de cent ans plus tôt. Il a récemment fait son entrée dans le golfe du Saint-Laurent par le détroit de Canso, et il y étend son aire de répartition beaucoup plus rapidement qu'il l'a fait le long des côtes extérieures de la Nouvelle-Écosse.


Impacts sur l'environnement et la santé humaine

Les espèces exotiques peuvent également détruire l'environnement et menacer la santé et la sécurité des populations humaines. C'est le cas du crabe chinois à mitaine (Eriocheir sinensis), qui est capable de vivre tant en eau douce qu'en eau salée et qui a été découvert dans le Bas-Saint-Laurent en 2004. Ce crabe peut parcourir des centaines de kilomètres en empruntant les voies navigables intérieures et présente un taux de reproduction extrêmement élevé. Il creuse des tunnels dans les berges des rivières, cause l'érosion du sol et l'affaissement des rives.

crabe chinois à mitaine (eriocheir sinensis).
Crabe chinois à mitaine (Eriocheir sinensis).

Ce crabe représente également une menace pour la santé humaine, car il est l'hôte d'une douve orientale du poumon (Paragonimus westermani), un parasite qui peut causer une grave maladie chez les humains et d'autres animaux lorsqu'il traverse la peau ou est ingéré. Lorsqu'elle filtre l'eau, la moule zébrée absorbe des composés dangereux comme des diphényles polychlorés (PCB). Les poissons et les oiseaux aquatiques qui consomment des moules zébrées contribuent au transfert de ces composés toxiques dans la chaîne trophique.

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