Résumé

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  1. Il est assez étonnant qu'au cours des siècles, des centaines et des milliers d'êtres humains se sont noyés en eau froide et que c'est seulement depuis les 50 dernières années que l'on a commencé à prendre ce bilan au sérieux. Le décès était attribué à la noyage à cause d'une incapacité à demeurer à la surface de l'eau et était associé à des termes vagues comme l'exposition. Tout cela parce que le décès en mer était, et en quelque sorte est toujours, considéré comme un risque du métier. Les pêcheurs, par exemple, pour qui le risque est le plus élevé, croyaient simplement que c'était la fatalité. Toutes les tentatives de protection se résumaient à faire flotter la personne dans l'eau plutôt que sur l'eau.
  2. Ce n'est que vers le milieu de la Seconde Guerre mondiale, en ce qui concerne le Royaume-Uni et l'Allemagne, et après la guerre de Corée, pour les États-Unis, que l'on a pris conscience qu'il y avait un problème lié à une immersion soudaine dans l'eau froide.
  3. En conséquence, un peu partout dans le monde, beaucoup d'expériences ont été menées dans la dernière moitié du XXe siècle pour étudier la physiologie humaine en eau froide. Les premiers travaux ont été effectués vers le milieu des années 1940 et 1950, mais dans les années 1960, il semble que le sujet a été relégué aux oubliettes et il a fallu tout reprendre à zéro. La naissance de l'industrie pétrolière en mer s'est traduite par une demande pour plus de recherche dans le but de créer de meilleures combinaisons d'immersion. Ce nouveau besoin a entraîné la multiplication des expériences dans les années 1980 et 1990. Un certain nombre de ces expériences sont présentées ci-après pour donner au lecteur un aperçu de leur étendue.
  4. Même si les quatre stades dans lesquels le décès peut se produire dans une immersion accidentelle en eau froide étaient connus depuis la Seconde Guerre mondiale, le stade 1 (choc dû au froid) et le stade 2 (épuisement à la nage) étaient considérés comme ayant un intérêt purement théorique. Les organismes de réglementation, les établissements d'enseignement et les fabricants de combinaisons de survie ont donc concentré leurs efforts pour protéger les personnes contre l'hypothermie. De ce point de vue, ils ont bien rempli leur mission.
  5. Même s'il existe des programmes de formation bien établis, de bonnes réglementations et du matériel de sauvetage amélioré, il reste toujours qu'il se produit près de 140 000 décès en mer chaque année. Ce qui a été négligé est l'importance comme cause de décès des deux premiers stades – le choc dû au froid et l'épuisement à la nage. La gravité de l'effet du choc dû au froid est directement proportionnelle à une température de l'eau oscillant entre 10 et 15 °C.
  6. Les profanes et les enquêteurs d'accidents sont souvent étonnés d'apprendre que certaines personnes ne survivent pas à une immersion prolongée, même si elles se situent théoriquement dans les limites « sûres » des courbes prévisionnelles de survie actuelles. Ces personnes ne meurent pas d'hypothermie proprement dite, mais des suites de divers problèmes. Une hypothermie modérée suffit alors pour qu'elles perdent leur capacité physique et leur détermination mentale à se maintenir dos aux vagues. Elles avalent de l'eau à la prochaine vague et se noient malgré le gilet de sauvetage.
  7. En ce qui concerne les combinaisons d'immersion, les Inuits ont utilisé des « peaux de printemps » pour se protéger contre une immersion rapide en eau froide dès qu'ils ont pris la mer. Depuis le milieu du XIXe siècle, les navigateurs avaient à leur disposition des combinaisons grossières. Ce n'est qu'après 1945, qu'un effort concerté a été consenti pour produire une combinaison pratique et disponible dans le commerce. Entre les années 1950 et la fin des années 1970, les combinaisons ont fait l'objet de critiques en raison de leurs défauts de conception, du manque d'ajustement et d'étanchéité et des problèmes liés au contrôle de la qualité dans la fabrication. Ces vingt dernières années, avec l'introduction de plusieurs normes, y compris la norme SOLAS 1983 de l’OMI, les tissus, les fermetures à glissière, la méthode d'inspection et l'étanchéité des combinaisons ont été améliorés ainsi que les procédures d'approbation.
  8. Les principes fondamentaux de la conception et de la mise au point des combinaisons d'immersion sont analysés, particulièrement les exigences relatives à une combinaison sèche, la nécessité qu'elle soit intégrée au gilet de sauvetage, l'effet négatif très grave des infiltrations d'eau sur la valeur clo en état d'immersion, la difficulté de protéger les mains et les conséquences de l'utilisation de matériaux de mauvaise qualité et d'un mauvais contrôle de la qualité dans le processus de fabrication.
  9. La technologie du mannequin thermosensible pour évaluer la protection thermique d'une combinaison d'immersion a énormement progressé dans les années 1980, puis elle a stagné surtout en raison de problèmes de financement. Même s'il y a des avantages et des inconvénients à utiliser un mannequin, la voie à suivre serait de mettre au point un mannequin simple qui permette de faire des essais thermiques conformément à une norme. Il faudrait utiliser des sujets humains seulement pour faire l'essai de nouveaux concepts et de modifications importantes apportées à des combinaisons déjà approuvées. Il faudrait plus de recherche pour préciser la contribution proportionnelle du torse, de la tête et des membres à l'équation thermique en vue de perfectionner la prochaine génération de mannequins.
  10. Pour ce qui est des groupes de personnes qui devraient être visés et des règlements qu'il faudrait modifier ou élaborer, treize catégories professionnelles ont été désignées comme devant porter soit une combinaison à port constant (groupe I), soit une combinaison flottante en cas de naufrage (groupe ll), soit une combinaison flottante pour passagers (groupe lll). Il faudrait modifier les normes relatives aux combinaisons des groupes I et II, mais surtout, il faudrait élaborer des normes visant les personnes du groupe III (les passagers d'embarcations à voile naviguant dans des eaux plus froides que 15 °C). Au cours des deux prochaines années, Transports Canada devrait exiger qu'une combinaison de style marine à habillage rapide soit transportée à bord et, dans les cinq prochaines années, il faudra mettre au point une combinaison d'immersion intégrée pour passager.
  11. En ce qui concerne les conseils pratiques visant la nécessité de réglementer le transport obligatoire de radeaux de sauvetage et de former à cette fin les exploitants de navires transportant des passagers,
    1. dans la mesure du possible, il faudrait éviter l'immersion dans de l'eau plus froide que 15 °C. Le passager devrait pouvoir monter directement à bord du radeau de sauvetage;
    2. Transports Canada devrait appliquer cette philosophie à la conception, à l'élaboration et à la mise en application par étapes de toute nouvelle loi. Tous les navires naviguant dans les eaux à 15 °C ou plus froides des lacs et des fleuves du Canada devraient transporter à bord des radeaux de sauvetage qui peuvent être facilement mis à l'eau et dans lesquels peuvent prendre place la totalité de l'équipage et des passagers;
    3. la seule exception à cette règle serait le cas d'embarcations qui ne peuvent avoir à bord un radeau de sauvetage pour des raisons matérielles ou par manque d'espace. Dans de telles circonstances, les passagers doivent tous porter des gilets de sauvetage;
    4. le fait de conduire un navire près de la côte ou en groupes ou d'avoir à bord une RLS ne justifie pas une exonération, car le choc dû au froid peut tuer en 3 à 5 minutes, l'épuisement à la nage en moins de 30 minutes et la noirceur, à elle seule, peut empêcher la personne de se sauver ou d'être rescapée;
    5. le programme d'étude des fonctions d'urgence en mer doit être modifié afin d'y inclure deux nouveaux vidéos canadiens sur l'état de choc dû au froid, l'épuisement à la nage, l'hypothermie et l'effondrement post sauvetage.
  12. Un gilet de sauvetage bien conçu et ajusté joue un rôle primordial dans l'effort de protéger l'être humain du choc dû au froid. Depuis 1945, la mise en vigueur d'une réglementation a eu un effet considérable sur le nombre de noyades. Celles-ci se sont maintenues au plus bas niveau historique au Canada, soit à 1,2 par 100 000 habitants.
  13. Malgré cette amélioration, il n'y a pas lieu de baisser la garde, car il reste encore beaucoup de travail à faire en ce qui concerne la nomenclature des dispositifs de flottaison (gilets de sauvetage par rapport aux VFI), les essais de redressement automatique et les exigences qui s'y rapportent, la coordination des nouvelles normes avec les normes de l’OMI/ISO/CEN et la question de la réglementation sur le port de dispositifs de flottaison dans le cas de petites embarcations avec passagers. Il faudrait aussi étudier davantage l'influence négative ou positive de la mode sur le port des gilets de sauvetage et des vêtements de flottaison individuels.
  14. Si l'on décide d'élaborer de nouvelles normes sur les gilets de sauvetage (zone côtière et en mer) et les VFI (généralement d'utilisation personnelle et récréative), il faudrait coordonner les efforts, car ces deux types de dispositifs ont énormément de points communs. En outre, il est essentiel que le président du comité, de préférence, ou un représentant important de chaque comité, assiste aux réunions de l'autre comité et, en plus, aux réunions se déroulant au sein d’organismes internationaux comme l’OMI, l'ISO et le CEN. Si cet effort de coordination n'est pas consenti, il peut se produire une situation incongrue où des paramètres essentiels communs pourraient être interprétés de manière contradictoire.
  15. Enfin, pour ceux qui seront chargés de mettre au point une combinaison d'immersion intégrée, il faudrait se rappeler que :
    1. le contact avec l'eau est potentiellement très dangereux;
    2. une combinaison sèche est essentielle pour assurer une protection aux quatre stades de l'immersion;
    3. la pénétration d'aussi peu que un demi litre d'eau dans la combinaison réduit l'isolation de 30 %;
    4. le degré d'isolation maximale pouvant être ajouté à une combinaison pour éviter une perte de chaleur et assurer un certain confort est de 4,5 clo dans l'air;
    5. la protection des mains à long terme est un problème, mais qui n'est pas essentiel à la survie, pourvu que leurs fonctions soient maintenues pour des tâches cruciales;
    6. les essais devraient se réaliser dans des conditions les plus réalistes possibles pour éviter que l'on soit déçu de la performance du produit final dans une situation de survie.

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Expérience avec une combinaison d'immersion utilisant humains et un mannequin au laboratoire et en mer.

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Disques de mesure du flux thermique appliqués sur la peau du sujet; sujet vêtu d'un sous-vêtement et disques appliqués par-dessus; sujet vêtu de la combinaison d'immersion et disques de mesure appliqués par-dessus.

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Mannequin thermosensible préparé exactement de la même façon et prêt à être placé dans le berceau; mannequin placé dans le berceau avec l'angle d'inclinaison approprié.

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Mannequin et sujet flottant dans la cuve à houle de l'Institut de dynamique marine du CNRC; mannequin placé dans le berceau et prêt à être mis à la mer; mannequin et sujet flottant dans une eau à 2 °C et dans des vagues de trois mètres de hauteur dans l'océan Atlantique au large d'Halifax, en Nouvelle-Écosse.

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