Chapitre 2 : Comment se protéger des quatre stades de l'immersion en eau froide

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Introduction

Pour le lecteur qui est passé directement à ce chapitre en sautant le chapitre 1, les quatre stades physiologiques sont : le choc dû au froid, l'épuisement à la nage, l'hypothermie et l'effondrement post sauvetage. Le principe de base de la protection est d'éviter le contact de l'eau froide avec la peau. Les parties du corps d'importance particulière en ce qui concerne le refroidissement pendant l'immersion en eau froide sont, pour différentes raisons, la tête, le dos et les membres. La tête n'a qu'une faible réaction vasoconstrictive, ainsi, le sang continue d'irriguer cet endroit même dans le froid. Par conséquent, beaucoup de chaleur se perd par la tête et, lorsqu'elle n'est pas protégée, cela peut constituer un facteur important de déperdition de chaleur. L'immersion de la tête peut accélérer considérablement la chute de température corporelle centrale et l'installation de l'hypothermie (Froese et Burton (1957) (référence 46). Une circulation sanguine réduite aux extrémités combinée à l'angle de flottaison horizontal adopté dans l'eau avec la plupart des combinaisons d'immersion expliquent le fait que le plus grand pourcentage de déperdition de chaleur se produise par le dos par le phénomène de conduction. Une des raisons pour cela est que la pression hydrostatique exercée sur la combinaison réduit à cet endroit sa capacité isolante (Tipton et Balmi, 1996) (référence 159). Grâce à la vasoconstriction périphérique, relativement peu de chaleur corporelle ne s'échappe par les membres pendant le refroidissement. Cependant, une conséquence de la réduction de la circulation sanguine vers les extrémités est que la température locale des tissus à ces endroits chute et que la fonction neuromusculaire peut être rapidement diminuée. La survie peut alors être compromise par l'incapacité à utiliser ses mains pour faire des gestes essentiels de survie comme monter à bord des radeaux de sauvetage, revêtir des gilets de sauvetage ou allumer des fusées éclairantes (Tipton et Vincent, 1988) (référence 151).

Pour le profane qui pourrait ne pas comprendre la gravité de l'immersion en eau glacée, le naufrage de l'Empress of Ireland en 1914 en moins de 14 minutes au large de Rimouski dans le golfe St-Laurent peint un portrait macabre.

Le navire a coulé, et pendant qu'il coulait, un énorme et terrible cri a fusé de 700 gorges. À l'endroit où se trouvait le navire, une masse d'hommes, de femmes et d'enfants « aussi dense qu'un essaim d'abeilles » luttaient pour leur survie. Ceux qui avaient des gilets de sauvetage se trouvaient entraînés vers le bas par ceux qui n'en n'avaient pas… Les scènes sous les ponts (du Storstad qui était entré en collision avec l'Empress of Ireland mais qui était demeuré sur place pour mener le sauvetage), défiaient toute description, 1 012 personnes ont péri.

Poussés par un besoin désespéré de chaleur, des centaines de survivants se sont massés dans les salles des machines et des chaudières. Certains d'entre eux s'appuyaient contre les réservoirs jusqu'à ce qu'il se forme des ampoules sur la peau. Les femmes, grelottant de froid, ont essayé de faire sécher les lambeaux de leur robe de nuit. Bon nombre d'entre elles avaient tellement froid qu'elles ne pouvaient même pas enlever le peu de vêtements qu'elles portaient. Mme Andersen a dû les dévêtir et recouvrir leur corps engourdi de tous les vêtements qu'elle pouvait trouver. Ensuite, on a placé les femmes dans les couchettes étroites des marins norvégiens deux par deux, tête-bêche, comme des harengs dans une boîte de conserve, pour qu'elles puissent se réchauffer et revenir à la vie. (Croall, 1978) (référence 38).

La première solution qui nous vient à l'esprit est que, en pratique, il devrait être possible d'enfermer le corps d'une personne jusqu'au cou dans une sorte de vêtement ou d'enveloppe complètement ou partiellement étanche pour éviter les réactions au froid. C'est exactement la démarche qui a été adoptée jusqu'à maintenant. En fait, le British Merchant Advisory Committee connaissait cette solution depuis 1922, mais il n'a pas fait grand chose pour qu'elle soit prise en considération (référence 112).

Les vêtements de flottaison individuels ont connu toute une série de changements d'appellation au fil des ans : combinaison flottante de protection, combinaison d'immersion, combinaison flottante en cas de naufrage, combinaison étanche et combinaison de survie. Dans le présent rapport, on n'utilisera que l'expression « combinaison d'immersion », sauf lorsque des auteurs se serviront d'autres expressions pour décrire une expérience physiologique précise ou pour un rapport d'accident maritime cité en référence.

Tout récemment, en deux points situés aux antipodes du globe, deux accidents se sont produits à seulement une journée d'intervalle. Ils font ressortir que la combinaison d'immersion individuelle est aussi nécessaire aujourd'hui, au XXIe siècle, que lorsque les humains ont décidé de prendre la mer, il y a des milliers d'années. Comme au chapitre 1, d'autres accidents se sont produits plus récemment qui seront analysés plus tard pour illustrer certains problèmes en particulier.

Dix décès signalés dans le naufrage d'un traversier (Oslo) (Halifax Chronicle Herald, 27 novembre 1999)

Dix personnes sont mortes et onze autres sont portées disparues et on croit qu'elles se sont noyées dans le naufrage d'un traversier norvégien ultra-moderne, ce vendredi, dans les eaux tumultueuses et glacées au large de la côte ouest de la Norvège.

Les espoirs de trouver des survivants se sont estompés quelques heures après que l'élégant catamaran Sleipner, ayant 88 personnes à bord, a coulé dans la mer du Nord après avoir frappé des rochers près de Haugesund dans une tempête à la tombée de la nuit.

Un traversier coule au large de la Chine (Halifax Chronicle Herald, 26 novembre 1999)

Jeudi, plus de 24 heures après avoir reçu le premier appel de détresse du navire, seulement 36 personnes avaient été retirées des eaux froides après le naufrage du traversier Dashum de 9 000 tonnes qui avait à bord 312 passagers et membres d'équipage

Une catastrophe semblable pourrait facilement se produire avec les traversiers canadiens, par exemple, les traversiers faisant le service entre Sydney, Nouvelle-Écosse, et Terre-Neuve ou Yarmouth, Nouvelle-Écosse, et Bar Harbor, Maine. Actuellement, sans aucune protection à bord, on peut prévoir un tel taux de mortalité. L'équipage et les passagers du William Carson ont eu très chaud en juin 1977. Le traversier, en route vers Goose Bay, a été perforé par la glace et a coulé très rapidement au large de St. Anthony, Terre-Neuve. Miraculeusement, tous les 128 membres d'équipage et passagers ont réussi à prendre place, en pleine nuit, dans les embarcations de sauvetage de manière ordonnée et sécuritaire (référence 145).

Études physiologiques menées en Europe et en Amérique du Nord 1939 - 1945

Pendant la Seconde Guerre mondiale, aucun des marins, qu'ils soient des forces alliées ou des forces de l'Axe, ne portait de combinaison d'immersion. Par conséquent, il n'est pas étonnant de constater dans le rapport Talbot (1946) (référence 147) et le rapport de McCance et coll. (1956) (référence 108) qu'entre 30 et 40 000 marins se sont simplement noyés en tentant d'abandonner leur navire, c'est-à-dire pendant la phase de survie. Au cours de la guerre, T.E. Metcalfe avait inventé une simple combinaison de protection pour les marins des navires marchands. Dès 1944, plus de 300 000 combinaisons avaient été fabriquées (référence 22). Trop souvent, on ne trouvait pas de combinaisons le moment venu parce qu'on s'en servait à d'autres fins que celles prévues à l'origine, comme pour des travaux de peinturage à bord. Elles étaient trop minces pour être portées pendant une période prolongée et n'étaient conçues que pour être utilisées une fois à bord du radeau de sauvetage et non dans l'eau pendant l'abandon du navire. Concrètement, elles n'ont probablement pas fait une grande différence dans le bilan d'ensemble assez sombre des survivants. Macintosh et Pask (1957) (référence 107) ont effectué des travaux préliminaires secrets sur le rendement des gilets de sauvetage, mais leurs efforts ne se sont concrétisés par des améliorations des gilets de sauvetage que bien après la fin des hostilités par l'élaboration des normes SOLAS 1948 et BSI 1963.

Comme nous l'avons mentionné au chapitre 1, dans le paragraphe portant sur l'effondrement post sauvetage, les Allemands avaient constaté la gravité des pertes tragiques de valeureux combattants lors d'accidents avec une immersion soudaine en eau froide. Le naufrage du Bismarck et la perte d'aviateurs qui s'étaient éjectés de leur avion et avaient sauté en parachute dans les eaux froides de la mer du Nord pendant la bataille de la Grande-Bretagne ont poussé les physiologistes et les praticiens de médecine aéronautique à examiner le problème plus à fond. Ils ont entrepris un vaste programme de recherche et développement qui a été en partie la justification des infâmes expériences de Dachau (Matthes, 1946) (référence 109) et (Alexander, 1946) (référence 4). Ils ont été les premiers à observer la baisse de température postérieure au sauvetage (« after-drop ») ou la baisse continue de la température corporelle centrale d'une personne après qu'elle a été retirée de l'eau froide. Ils ont également fait des expériences avec des combinaisons de survie et le Deutsches Textilforschunginstitut à München-Gladbach, a ingénieusement fabriqué une combinaison, dont l'isolation était obtenue avec des bulles de savon (Alexander, 1946) (référence 4), qui semble avoir été utilisée à quelques reprises (référence 147).

De l'autre côté de l'Atlantique, pendant la Seconde Guerre mondiale, le Canada, sous la direction initiale du professeur Banting de l'Institut de médecine aéronautique de la Royal Canadian Air Force à Toronto, avait entrepris des travaux de recherche et développement sur une combinaison d'immersion destinée à la marine et à l'aviation. En 1941, Gagge, Burton et Bazett avaient de la difficulté à expliquer aux soldats, aux marins et aux aviateurs quelle quantité d'isolant à ajouter ou à enlever de leurs vêtements en fonction de la température de l'air extérieur, de leur niveau d'exercice, c'est-à-dire s'ils étaient en période de repos ou non. Ils ont créé l'unité de mesure clo qui permettait de mesurer la capacité d'isolation des vêtements et qui pouvait être utilisée par les ingénieurs en chauffage, les médecins et les physiologistes (Gagge, et coll., 1941) (référence 47). Le clo égale 0,155 °C.m2.W-1 et constitue le degré d'isolation nécessaire pour maintenir le confort d'un humain au repos dans un milieu ambiant à 21 °C, à 50 % d'humidité relative et avec une circulation d'air de 0,1 mètre seconde-1. L'équivalent européen du clo utilisé pour les sacs de couchage et les isolants en duvet est le tog, qui équivaut à 0,645 clo. La valeur clo et sa mesure seront examinées plus tard dans ce rapport.

1 clo = 0,155 °C.m2.W-1

1 tog = 0,645 clo

0.1 °C.m2.W-1.

Les essais d'équipement probablement les plus importants ont été menés en 1943 pour le compte de la Royal Navy par la Royal Canadian Navy, à Halifax, Nouvelle-Écosse. Le médecin-capitaine Best de l'Unité de recherche médicale de la RCN (qui, en collaboration avec Banting, avait découvert l'insuline en 1921) a géré l'énorme projet et la U.S. Navy a fourni d'autres navires et du personnel américain pour servir de sujets d'expérience (référence 24). Toutes les exigences, souvent contradictoires, dont les concepteurs de combinaisons d'immersion doivent tenir compte aujourd'hui ainsi que les problèmes éventuels ont été étudiés, notamment la légèreté, la simplicité, l'étanchéité aux poignets et au cou, les fermetures à glissière, les fermetures et les cordelières de serrage, la facilité d’habillage l'ajout ou non de gants et la flammabilité (Hiscock, 1980) (référence 79).

En 1942, Frankenstein, au Royaume-Uni, avait mis au point une combinaison d'immersion en cuir destinés aux pilotes des Hurricane qui protégeaient les convois de Murmansk et qui devaient amerrir d'urgence après leur décollage dans une eau près du point de congélation parce que les porte-avions, à l'époque, n'étaient pas dotés de brins d'arrêt. Count Morner, en Suède (référence 116), a aussi inventé une combinaison de survie pour les marins de la marine marchande pendant la guerre, mais en général, partout dans le monde, le principe était de faire flotter les survivants dans l'eau plutôt que sur l'eau, de là les sombres statistiques sur les survivants de naufrages. À la fin de la guerre, La Royal Canadian Air Force avait mis au point une combinaison d'immersion pour ses pilotes convoyeurs (figure 15) qui a été utilisée dans une certaine mesure.

La U.S. Navy a été beaucoup plus lente à évaluer les besoins pour des combinaisons d'immersion, car les États-Unis sont entrés en guerre un peu plus tard et leurs opérations, particulièrement la campagne contre le Japon s'effectuaient dans des eaux plus chaudes, alors que les Britanniques, les Canadiens et les Allemands avaient des opérations sur des mers dont la température de l'eau s'élevait rarement au-dessus de 15 à 16 °C et, pendant une grande partie de l'année, elle se trouvait en dessous de la barre des 10 °C. Une autre raison était que le personnel opérationnel n'était toujours pas convaincu de l'effet mortel de l'immersion soudaine d'un humain dans l'eau froide. Les fonds et les ressources pour la recherche et développement se sont faits attendre et peu de progrès ont été réalisés pendant la guerre. Un fait important, cependant, a été la reconnaissance par Spealman (1944) (référence 138) et Newburgh (1968) (référence 119) des dangers d'une hypothermie causée par l'immersion en eau froide.

Les premières expériences pratiques ont été menées aux États-Unis par le capitaine de corvette Hiscock, membre de la Emergency Rescue Equipment Section (ERE). Tous les travaux scientifiques ont été effectués sous la gouverne du professeur Newburgh, Ph.D., à l'institut NMRI à Bethesda. Lors de la réunion d'information de l'ERE en juin 1943, le compte rendu mentionnait que les « combinaisons de sauvetage » s'étaient révélées dangereuses. L'ERE a recommandé qu'elles soient remplacées par la « combinaison de protection » mise au point pour la garde côtière américaine par la société B.F. Goodrich. Selon Hiscock, il s'agissait de la première mention de combinaisons de protection pour les marins des forces navales et de la marine marchande. Lors de la conférence de l'ERE en août 1943, on a recommandé que les combinaisons présentent les caractéristiques suivantes :

  • aussi légères que possible, pour réduire au maximum le volume
  • aussi simples que possible, sans fermetures à glissière étanches
  • les mains doivent être libres, les poignets dotés de fermetures adéquates
  • pouvoir être portées avec un gilet de flottaison individuel en dessous et pouvoir être fixées au dos d'une veste ou d'un gilet de sauvetage (référence 79).

Cependant, comme c'est le cas bien souvent, après la guerre, toute cette recherche a été mise au rancart et rien d'autre n'a été fait pour protéger les marins.

La Section ERE a été transférée à l'Air Sea Rescue Organization en 1944. Bien qu'un gilet de sauvetage doublé de kapok amélioré ait été présenté à la garde côtière comme aboutissement de ces travaux (référence 3), il semble que les combinaisons d'immersion n'aient été fabriquées commercialement, aux États-Unis, qu'en très petite quantité pendant les dernières années de la guerre.

Études physiologiques menées en Europe et en Amérique du Nord 1945 – 1970

L'énorme quantité de décès en mer pendant la guerre a incité plusieurs pays à examiner le problème plus à fond. Les lignes suivantes présentent un bon nombre des différentes expériences qui ont été menées pour explorer le problème. Voici les principaux éléments traités :

  • la portée de la recherche;
  • les différents concepts et différentes conceptions de combinaisons;
  • les sujets des expériences ont surtout été des Européens ou des Nord-Américains blancs;
  • les plongeurs ont souvent été utilisés comme sujets d'expérience et ils avaient tendance à être déjà acclimatés au froid;
  • les expériences étaient effectuées en eau calme ou légèrement agitée;
  • l'absence des femmes parmi les sujets d'expérience;
  • l'absence d'un très grand nombre de sujets mâles pour chaque expérience;
  • le fait que l'ensemble des sujets étaient fondamentalement jeunes, en bonne santé;
  • la multitude de températures de l'eau utilisées dans les essais;
  • la difficulté initiale de trouver des fermetures à glissière fiables et étanches;
  • la difficulté récurrente à produire des combinaisons complètement étanches;
  • la médiocrité du contrôle de la qualité lorsque les prototypes de combinaisons étaient produits en série;
  • le fait qu'il y ait très peu de protocoles expérimentaux normalisés rend très difficile la comparaison directe d'expériences effectuées par différents groupes.

Ce sont les aviations du monde entier qui ont été les premières à agir. Ce n'est pas avant 1983 que l'industrie maritime commerciale et les organismes de réglementation internationaux ont adopté une norme relative aux combinaisons d'immersion élaborée par l'Organisation maritime internationale. Dans toutes les expériences, les exigences relatives aux combinaisons d'immersion étaient les suivantes :

  • légères et faciles à enfiler;
  • imperméables, mais le tissu devait permettre de porter la combinaison en permanence (c.-à-d. tissu qui respire);
  • compatibles avec d'autre équipement comme les gilets de sauvetage;
  • assez confortables pour nager et ne pas nuire à l'exécution de gestes essentiels à la survie dans l'eau;
  • de conception ergonomique pour pouvoir être portées par une grande diversité de personnes.

En fait, la majorité des expériences ont été faites à l'envers du bon sens. Les combinaisons ont été mises à l'essai sur différentes personnes, ensuite on a tiré des conclusions qu'un être humain pourrait sans doute survivre un certain temps dans une température donnée de l'eau en portant ce type de combinaison particulier (figure 7).

En ce début de XXIe siècle, avec la multitude de rapports stockés dans des bases de données ou des sites Web, un grand nombre des rapports précédents ont été oubliés ou ont été éliminés pour faire plus d'espace ou parce qu'ils étaient plus vieux que 25 ans. Certains de ces travaux initiaux ont déjà été perdus pour toujours. (Témoignages de McCance, travaux de Lee sur les gilets de sauvetage). Les deux prochaines parties sont très longues et nous ne nous en excusons nullement, car elles contiennent la clé de la recherche fondamentale. Il est essentiel que cela soit documenté en totalité, sinon les nouveaux chercheurs ne comprendront pas la démarche scientifique qui a été suivie pour ces travaux de recherche et développement.

Figure 7 : Premiers essais d'une combinaison d'immersion après la guerre par la U.S. Coast Guard (ces combinaisons ne semblent-elles pas familières!)

Figure 7 : Premiers essais d'une combinaison d'immersion après la guerre par la U.S.Coast Guard (ces combinaisons ne semblent-elles pas familières!)

En 1946, Newburgh, Spealman et Van Dilla ont cerné les difficultés à protéger les mains en eau froide (références 119 et 139) mais, comme mentionné ci-dessus, on n'a pas donné suite à ces travaux aux États-Unis jusqu'à ce que la guerre de Corée soit bien entamée.

Entre-temps, au Royaume-Uni, le Medical Research Council a financé un grand nombre d'expériences qui ont été menées sous les auspices du Royal Navy Personnel Research Committee. Ces expériences se sont soldées par une analyse approfondie du problème dans de nombreux laboratoires et ont abouti à une série d'essais sur le terrain. À partir de ces travaux, la combinaison flottante en cas de naufrage à utilisation unique, le nouveau gilet de sauvetage gonflable RFD modèle no 5580 et la première combinaison de sauvetage des équipages de sous-marins ont été mis au point pour la Royal Navy. Parallèlement, la Royal Air Force a développé la combinaison d'immersion à port constant, modèles Mk 1 à 8, à l'intention des équipages d'aéronefs. Les six premières versions de combinaison Mk ont été fabriquées en nylon néoprène et, depuis 1951, les versions Mk 7 et plus récentes sont fabriquées avec du tissu ventilé inventé par le Shirley Institute juste après la guerre. L'innovation était que ce tissu était du coton égyptien tissé de manière à permettre à l'humidité du corps (vapeur d'eau) de s'échapper par les interstices, mais, une fois immergées, les fibres de coton foulaient de manière à produire un vêtement imperméable. En réalité, on a découvert que les combinaisons devaient être fabriquées en deux couches de tissu pour éviter que la compression hydrostatique ne pousse l'eau à travers l'épaisseur unique de tissu avant que les fibres n'aient le temps de fouler (référence 172). D'autres déceptions ont été que le tissu coûtait très cher à pro-duire à grande échelle, que les combinaisons étaient chères à l'achat et longues à fabriquer, et que les fibres ne fouleraient pas efficacement si elles étaient exposées à la sueur ou à l'huile naturelle du corps. Après les combinaisons Mk 8, toutes les autres versions ont été fabriquées en une seule pièce.

De l'autre côté de l'Atlantique, aux États-Unis, Bradner, en 1951, a utilisé pour la première fois de la mousse néoprène pour fabriquer des combinaisons d'immersion (référence 19). En 1952, la U.S. Navy a officiellement reconnu que l'équipement de survie qu'elle avait utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale était inadéquat (référence 167). Elle a entrepris un vaste projet de R et D sur les quinze prochaines années dans le but de réaliser une combinaison de survie pour ses marins et une combinaison d'immersion à port constant pour les pilotes de l'aéronavale qui devaient survoler des étendues d'eau froide. Les principaux travaux ont été menés par Newburgh qui a présenté ses résultats dans l'ouvrage intitulé Physiology of Heat Regulation and the Science of Clothing (référence 119). Une imposante série d'essais effectués par l'U.S. Navy (USN) en 1955 sur huit versions de trois combinaisons d'immersion n'a pas abouti en une combinaison valable (référence 166). L'U.S. Air Force (USAF), qui avait aussi éprouvé des pertes de vies humaines dans les eaux froides au large de la Corée, a entrepris des travaux qui ont été dirigés par Hall et ses collaborateurs au Wright Patterson AFB. Ils ont fait un grand usage du mannequin thermosensible de concert avec la U.S. Navy et l'US Army Research Institute of Environmental Medicine. Des résultats types d'expériences effectuées sur des mannequins par Bogart et coll. (1966) (référence 25) sont présentés au tableau 1.

Tableau 1 : Valeurs clo en état d'immersion de dix combinaisons testées à l'USARIEM en 1966.

Ensemble (combinaison et sous-vêtements) Clo en état d'immersion, la tête hors de l'eau
Unisuit avec sous-vêtement Artic Explorer 1.34
Viking avec sous-vêtement Grey Foam Undergarment 0.87
O'Neill Supersuit avec sous-vêtement Blue Fluff 1.27
White Stag avec sous-vêtement court Neoprene 1.11
Unisuit avec 2 jeux de sous-vêtement Arctic Explorer 1.55
Viking avec sous-vêtement O'Neill Blue Fluff 0.73
Unisuit avec sous-vêtement en mousse (Viking) 1.38
O'Neill Supersuit avec sous-vêtement Navy Waffle 0.96
Unisuit avec vêtement isolant 1.13
O'Neill Supersuit avec vêtement isolant 1.07

Les travaux les plus importants ont été ceux effectués par Hall et coll. (1954, 1956, 1958) (références 61, 62 et 63), Beckman et coll. (1966) (référence 19), Hall et Polte (1960) (référence 64) et Goldman et coll. (1966) (référence 58). Quatre constatations importantes pour les concepteurs de combinaisons d'immersion en ont découlé :

  1. les combinaisons perdent 57 % de leur isolation par compression hydrostatique lorsque la personne est immergée jusqu'au cou;
  2. une infiltration d'eau aussi petite qu'un litre d'eau dans la combinaison réduit les propriétés isolantes de celle-ci de 22 %;
  3. l'isolation maximale du corps, qui est approximativement de 4 clo par pouce d'épaisseur de tissu, n'a aucun effet significatif sur la protection des mains du froid;
  4. il a été possible de classer les différents équipements de survie selon leur valeur clo, ou capacité isolante, et de prescrire les valeurs clo appropriées aux différents types d'activités.

Vers 1960, les pilotes de l'aéronavale américaine avaient jeté aux oubliettes leur combinaison sèche Mk 4 qui consistait en une enveloppe extérieure revêtue de caoutchouc, une doublure isolante matelassée et des fermetures élastiques étanches aux poignets et au cou, dans le cas de la combinaison Mk 5. Celle-ci était dotée d'une fermeture à glissière au cou en deux parties et d'un système de ventilation pour le refroidissement. Vers la fin des années 1960, on a remplacé ce modèle de combinaison par la combinaison humide CWU-9P (référence 103).

De tous les professionnels qui exigent une protection particulière contre le choc dû au froid, l'épuisement à la nage et l'hypothermie, les pêcheurs sont les plus à risque. Les vêtements portés par les pêcheurs n'ont pas changé pendant de nombreuses années (figure 8). En 1966, Schilling (référence 135) et Newhouse (référence 120) ont observé une fatigue chronique, des dermatites de contact et un haut taux de mortalité par noyade de marins ayant été entraînés par-dessus bord en haute mer. Entre 1959 et 1963, les décès, dans l'industrie du chalutage britannique, se sont produits, en moyenne, au rythme d'une personne toutes les six semaines. En 1970, une équipe mixte, formée de représentants du Trade Union Congress, du Medical Research Council, du RAF Institute of Aviation Medicine et de l'Army Personnel Research Establishment, a proposé un nouveau vêtement léger, chaud, imperméable et confortable qui était insubmersible et vendu à un prix raisonnable (Newhouse, 1970) (référence 121).

Figure 8 : Croquis réalisé par M.J. Burns de l'équipement type porté par des pêcheurs et le personnel de l'US Lifesaving Service dans les années 1880. (Courtoisie de l'U.S. Coast Guard)

Figure 8 : Croquis réalisé par M.J. Burns de l'équipement type porté par des pêcheurs et le personnel de l'US Lifesaving Service dans les années 1880. (Courtoisie de l' U.S. Coast Guard)

Au cours de cette période, un certain nombre d'autres articles scientifiques importants liés à ces travaux réalisés au Royaume-Uni et au Canada sur les combinaisons d'immersion et les gilets de sauvetage ont été publiés. Allen, à Toronto, a tenté sans succès de trouver une combinaison de remplacement pour la combinaison de sauvetage en cas d'amerrissage forcé utilisée par la RCA (référence 10). Baskerville a examiné l'efficacité des vêtements de protection utilisés par les pilotes de l'aéronavale britannique (référence 18). Crockford a commencé ses travaux en vue de remplacer les vêtements de protection utilisés par les pêcheurs (référence 39). Glaser et McCance ont consigné les résultats des premiers essais dans l'Arctique des vêtements de protection utilisés par la Royal Navy (référence 52). MacIntosh et Pask ont finalement été autorisés à publier leurs travaux secrets portant sur les gilets de sauvetage qui remontaient à la Seconde Guerre mondiale (référence 107). Enfin, Pugh et ses collaborateurs ont publié leurs travaux sur la combinaison de sauvetage d'équipage de sous-marin de la Royal Navy (référence 131).

Voici les principales publications dont la lecture devrait être obligatoire pour tous ceux qui sont engagés dans la conception et la mise au point de combinaisons d'immersion et dans la formation en survie et qui ont été publiées au cours des 25 dernières années de recherche :

Man in a Cold Environment (Burton et Edholm, 1955) (référence 31)

Survival in Cold Water (Keatinge, 1969) (référence 92)

Safety and Survival at Sea (Lee et Lee, 1989)(référence 98)

The Hazards to Men in Ships Lost at Sea (McCance, 1956) (référence 108)

Physiology of Heat Regulation and Science of Clothing (Newburgh, 1968) (référence 119)

Survival at Sea (Smith, 1976) (référence 136)

Essais de combinaisons d'immersion 1970 – 1980

Vers le début des années 1970, on pensait, généralement, que l'hypothermie était la menace principale lors d'une immersion soudaine en eau froide et que la meilleure protection était une combinaison sèche. Cependant, les fabricants, trouvaient difficile de produire à la chaîne et à prix abordable des combinaisons d'immersion à port constant . Les fermetures à glissière imperméables de bonne qualité coûtaient très cher et les fermetures meilleur marché ne fonctionnaient pas; le contrôle de qualité des combinaisons produites à la chaîne était médiocre, de sorte que même les combinaisons toutes neuves laissaient pénétrer l'eau. La seule solution de rechange au tissu revêtu de néoprène ou de chloroprène était les tissus ventilés et, comme nous l'avons mentionné plus haut, ils étaient coûteux à fabriquer et à assembler en combinaisons. Comme il était difficile de fabriquer une combinaison parfaitement sèche et devant les possibilités qu'elle soit trop chaude et inconfortable à porter en permanence, on a commencé à produire des combinaisons humides.

Il est important que le lecteur ait une définition de la combinaison sèche et de la combinaison humide.

  1. Une combinaison sèche est conçue pour fonctionner en gardant sec le vêtement isolant porté en dessous. L'étanchéité est obtenue par l'utilisation de joints, de fermetures à glissière étanches et de tissus imperméables. Une combinaison étanche peut être dotée d'isolation ou non (combinaison doublée et non doublée).
  2. Une combinaison humide doit être un vêtement ajusté près du corps qui fonctionne en emprisonnant une couche d'eau près de la peau. De cette façon, seul un petit volume d'eau peut s'introduire entre le vêtement et la peau. Cette eau est réchauffée et n'a aucun effet sur l'isolation inhérente assurée par la combinaison.

Au cours de la dernière décennie, toute une série d'expériences sur les combinaisons d'immersion a pris place en Australie, au Canada, en Finlande, aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, soit dans tous les pays où des exploitants maritimes ont des activités en eau froide. Malheureusement, il n'y a jamais eu de véritable projet international conjoint entre les secteurs commercial et militaire visant le développement d'une combinaison; la plupart des travaux ont été effectués isolément, comme nous pouvons le constater ci-après et dans les paragraphes subséquents. Riegel a évalué toute une série de combinaisons au cours de l'hiver 1973 pour la U.S. Coast Guard. Son protocole expérimental, présenté au tableau 2, est un excellent modèle pour tous les chercheurs dans le domaine (référence 132). Crockford a continué d'améliorer les vêtements de travail des pêcheurs britanniques (référence 40). Millward a évalué plusieurs combinaisons à l'intention des agents de protection des pêches britanniques (référence 114). Hampton a évalué les plus récentes versions de combinaisons d'immersion destinées aux pilotes d'hélicoptères travaillant pour l'industrie britannique d'exploitation pétrolière en mer (référence 66) et Werenkskiold a évalué des modèles de combinaisons d'immersion plus récents au Norwegian Ship Institute (référence 171). Goldman a continué de travailler avec des sujets humains et des mannequins sur des problèmes de survie pour l'aviation, l'armée et la marine américaines (référence 59). Johansson a évalué une très grande quantité des 20 combinaisons d'immersion des aviateurs de l'aéronavale américaine (référence 86). Hall a prédit des périodes de survie grâce au port de combinaisons d'immersion dans un radeau de sauvetage (référence 65) et, de l'autre côté du monde, White a mené des essais de combinaisons d'immersion en vue de trouver des combinaisons de remplacement pour les pilotes militaires australiens qui doivent piloter au-dessus du détroit de Bass séparant le continent australien de la Tasmanie (référence 173).

Tableau 2 : Résumé des données d'évaluation des combinaisons

  Imperial QD-1 plus Preserver Empress Combinaison de pont
Période de tolérance, h 14 2,2 2,4 5,8
Stabilité de flottaison, visage vers le haut Oui Oui Oui Oui
Capacité de redressement automatique Non Oui Non Non
Franc bord (pounces) 3,5 5,5 3,5 3,6
Temps d'enfilage, min 0,89 1,3 0,6 0,9
Couleur, orangé ou jaune Oui Oui Oui Oui
Rétroréfléchissant Non Non Non Oui
Volume de rangement, pi3 1 0,8 0,1 1
Fréquence d'entretien, années 5 5 5 5
Coût 75$ 120$ 125$ 100$
Vitesse de marche, pi/min 333 370 357 333
Montée d'échelle, pi/min 71 91 100 91
Peut sortir de l'eau Oui Oui Oui Oui

L'industrie d'exploitation pétrolière en mer souhaitait également produire les meilleures combinaisons flottantes en cas de naufrage et les meilleures combinaisons pour l'équipage et les passagers d'hélicoptères. En 1978, Hayward et ses collaborateurs de l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, ont effectué les essais les plus importants jusqu'à maintenant au Canada sur la physiologie des personnes portant des combinaisons d'immersion (référence 72). Ils ont évalué 23 combinaisons militaires et civiles différentes. Les combinaisons ont été classées en trois catégories : combinaisons sèches avec mousse plastique à alvéoles fermées – combinaisons sèches sans mousse et combinaisons humides avec mousse plastique à alvéoles fermées. Les vingt sujets ont été immergés pendant 2 à 3 heures dans l'océan au large de Banfield, Colombie-Britannique, dans une eau à 11,8 °C. Ces combinaisons représentaient les meilleures technologies, il y a 24 ans et elles sont répertoriées au tableau 3.

Tableau 3 : Évaluation de 23 combinaisons d'immersion militaires et civiles.

Conception Code de la combinaison
(série et numéro)
Nom de la combinaison Pays de fabrication
Sèche, sans mousse (S) S1 Beaufort, à habillage rapide Angleterre
S2 Jeltek « Seacheater » Angleterre
S3 CWU-16/P États-Unis
S4 Beaufort, tissu ventilé, Mk 10 Angleterre
S5 Hansen, tissu ventilé Danemark
S6 ILC Dover (AE1) États-Unis
S7 Multifabs Angleterre
Sèche, avec mousse (SM) SM 1 Bayley États-Unis
SM 2 Fitz-Wright Canada
SM 3 Imperial États-Unis
SM 4 SIDEP "Seastep" France
SM 5 Multifabs (modèle avec mousse) Angleterre
SM 6 Helly-Hansen (D600-0) Norvège
Humide, avec mousse (HM) HM 1 Imperial (modèle H) États-Unis
HM 2 Imperial (vol) États-Unis
HM 3 Harvey’s États-Unis
HM 4 CWU-33/P (à manche longue) États-Unis
HM 5 CWU-33/P (à manche courte) États-Unis
HM 6 Mustang (modèle 175) États-Unis
HM 7 Wendyco « Norwester » Angleterre
HM 8 Mustang « Uvic Thermofloat » Canada
HM 9 WF 8 plus « Sea-seat » Canada
HF 10 Fitz-Wright (plongeur) Canada
Contróle C 1 Aucune combinaison de survie  

Comme on s'y attendait, les taux de refroidissement des personnes vêtues des combinaisons sont classés en trois catégories aussi, les combinaisons sèches bien isolées ayant le taux le plus bas (0,31 °C h-1) et les combinaisons sèches non isolées ayant le taux le plus haut (1,07 °C h-1). À la lumière de ces travaux, Hayward et coll. ont pu rédiger un guide très utile donnant le nombre d'heures pour atteindre les trois degrés d'hypothermie (27 °C, 30 °C, 33 °C) lorsqu'une personne est immergée dans de l'eau froide entre 8 et 11 °C.

Des essais opérationnels ont été menés dans des conditions réelles pour évaluer combien de temps une personne pouvait survivre dans divers types de combinaisons humides ou sèches. Les conclusions de chaque expérience ont fait ressortir des résultats semblables. Au début, le contrôle de la qualité de combinaisons fabriquées en usine était médiocre : beaucoup de combinaisons toutes neuves étaient si peu étanches que les sujets devaient être sortis de l'eau après seulement quelques minutes; certains groupes de personnes ont même refusé de les porter. La qualité et la fiabilité des premières fermetures à glissière étaient mauvaises et le tissu ventilé s'était révélé moins extraordinaire que prévu. En outre, il était devenu évident, que pour survivre dans une eau comme celle de l'Atlantique Nord qui se réchauffait rarement au-dessus de 16 °C et qui, bien souvent, se trouvait sous les 10 °C, une combinaison sèche était essentielle. Les essais faits sur des mannequins et des sujets ont démontré que même la plus petite infiltration d'eau réduisait considérablement les valeurs clo comme c'était le cas pour la compression hydrostatique. En plus, il était très difficile de garder les mains au chaud même avec un maximum de vêtements isolants sur le corps. Jusqu'à ce moment-là, il n'y avait toujours pas de normes internationalement reconnues en matière de combinaisons d'immersion.

Par ailleurs, une demande beaucoup plus pressante pour de meilleures combinaisons provenait du secteur de l'exploitation pétrolière en mer. Sa commandite et son financement ont stimulé l'amélioration des combinaisons d'immersion au cours des 20 années subséquentes.

1980 à 2002 : L'industrie d'exploitation pétrolière en mer a besoin de combinaisons d'immersion

Vers 1980, une série complète de combinaisons de deuxième génération ont été fabriquées et mises à l'essai. Ces combinaisons étaient surtout utilisées par l'industrie d'exploitation du pétrole en mer en cas d'amerrissage d'urgence des hélicoptères et d'abandon d'un navire ou d'une plate-forme. Après l'accident de l'Alexander Kielland en 1980 et le naufrage du MS Malmi, les Norvégiens et les Finlandais ont évalué un certain nombre de combinaisons qui portaient des noms maintenant familiers comme : Aqua Suit, Bayley, Beaufort, Fitz-Wright, Helly-Hansen, Imperial, Lifeguard, Liukko, Manu, Multifabs, Nokia, Nord 15 et Shipsafe (référence 93).

De manière générale, on n'était pas encore complètement satisfait des combinaisons et les commentaires les plus fréquents étaient :

  • que la position de flottaison n'était pas satisfaisante (franc bord trop faible)
  • que les personnes de petite taille se perdaient presque dans la combinaison après un saut de cinq mètres dans l'eau
  • qu'il y avait un manque d'étanchéité du joint entre les gants et la combinaison
  • qu'une combinaison à taille unique ne fait pas à n'importe qui
  • que les fermetures à glissière nécessitent un entretien régulier
  • qu'il est très difficile de nager dans la combinaison
  • que la combinaison laisse pénétrer l'eau ce qui, dans certains cas, peut empêcher de monter à bord du radeau de sauvetage
  • que le tissu n'est pas durable
  • qu'un bon entretien est nécessaire

Comme décrit au chaptire 1, en 1981, Golden et Hervey ont publié leurs travaux classiques sur la physiologie de l'immersion soudaine en eau froide (référence 56). En 1983, le prochain grand pas en avant a été la ratification de la norme SOLAS de l'Organisation maritime internationale portant sur les combinaisons doublées et non doublées (référence 85).

L'année 1986 a été une année prolifique en matière de rapports sur les combinaisons de survie, surtout parce que l'Association internationale d'ergonomie a tenu une conférence à Helsinki sur le sujet de la survie en mer et des combinaisons d'immersion. À cette réunion, Hayes (référence 68) du RAF Institute of Aviation Medicine a fourni une norme de rendement très claire et précise visant la combinaison d'immersion. Le but d'un vêtement de protection en immersion est :

  • de réduire au minimum l'importance du choc dû au froid
  • d'éviter l'hypothermie et les lésions dues au froid sans congélation des tissus
  • de réduire la probabilité d'un effondrement post-sauvetage
  • d'éviter la noyade attribuable au vent, aux vagues ou à l'immersion faciale en le combinant à un gilet de sauvetage individuel

Avery et Light du RGIT, Aberdeen (référence 13) ont analysé les problèmes relevés pendant les essais de résistance aux fuites et ont démontré qu'une bonne combinaison pouvait laisser pénétrer entre 145 et 1 398 mL d'eau. Lotens et Havenith du TNO dans les Pays-Bas (référence 104) ont examiné la ventilation des vêtements dans un effort pour améliorer le confort de la combinaison sèche. Pasche et Ilmarinen de l'Institute of Occupational Health à Helsinki (référence 129) ont passé en revue de nouveaux paramètres de température introduits par le comité de l’OMI en 1984 et les ont commentés du point de vue de la sécurité. Il faudrait accorder plus d'attention à la température de la peau pour éviter les lésions dues au froid sans congélation des tissus. Au Canada, Mekjavik et Gaul, de l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique (référence 111) ont examiné le choc thermique produit par une combinaison d'immersion type que les pilotes portent lorsqu'ils survolent la mer et Sullivan et Mekjavik (référence 144) ont examiné les indices de ventilation des combinaisons en vue d'en améliorer le confort.

Les autres travaux présentés à la conférence de 1986 provenaient tous des États-Unis. Steinmann et ses collaborateurs, de l'U.S. Coast Guard (référence 140) ont examiné l'effet du mouvement des vagues sur les propriétés isolantes de huit combinaisons différentes. Ces travaux ont été exposés dans un article publié dans l'Aerospace Medical Journal (référence 141). La température de l'eau était de 11 °C et huit membres de la garde côtière se sont portés volontaires et ont été exposés à une houle de 4 à 6 pieds de hauteur avec, à l'occasion, des vagues déferlantes de 4 pieds et des vagues forcées de 2 à 3 pieds. Les combinaisons sèches ont eu un meilleur rendement que les combinaisons humides et les combinaisons les plus ajustées ont été plus efficaces que les combinaisons plus lâches. Ils sont arrivés à la conclusion que des survivants dans une mer agitée encouraient un risque beaucoup plus grand d'atteindre l'hypothermie par immersion que ne le prévoyaient auparavant les courbes prévisionnelles de survie obtenues lors d'études effectuées en eau calme.

Riley (référence 133), lui aussi de l'U.S. Coast Guard, a examiné l'idiosyncrasie de l'introduction de la nouvelle norme l’OMI. On voulait savoir si une combinaison d'immersion isolée pouvait se substituer au gilet de sauvetage si elle satisfaisait à toutes les normes de rendement de ce dernier. Il a fait remarquer que les combinaisons d'immersion flottantes actuelles n'avaient pas la capacité de retourner une personne inconsciente dans l'eau face vers le haut. Kaufmann et Dejinika, du Naval Air Development Centre en Australie (référence 88), ont rapporté des essais réussis de l'utilisation de combinaisons d'immersion en Gortex par 14 sujets âgés entre 21 et 40 ans dans une eau à 7,2 °C.

Au cours des cinq premières années de cette période, plusieurs expériences avec répétitions ont été faites avec de nouveaux tissus comme le Gortex et le Thinsulate ainsi que de nouvelles fermetures à glissière imperméables. Les résultats ont confirmé la nécessité de porter une combinaison sèche, mais la conception de la combinaison est demeurée essentiellement la même et on n'a réussi à améliorer que très légèrement le rendement thermique, principalement à cause d'une meilleure étanchéité globale des combinaisons.

Allan et ses collaborateurs (références 8 et 9) ont réexaminé la possibilité d'équiper les passagers d'hélicoptère d'une combinaison humide, dans le but de réduire l'inconfort thermique d'une combinaison à port constant. Cependant, la veste isotherme introduite par la société Shell a été par la suite délaissée lorsque Tipton et ses collaborateurs (1989) (référence 152) ont rapporté qu'elle ne protégeait pas le passager de la réaction initiale à l'immersion en eau froide, soit le choc dû au froid.

Comme les essais faits avec les humains devenaient de plus en plus coûteux et que les comités d'éthique étaient moins favorables à l'utilisation de sujets simplement pour faire l'essai de combinaisons conformément à une norme donnée, on s'est de plus en plus servi de mannequins thermosensibles pour ce travail. À la suite de l'accident de l'Ocean Ranger en 1982, au large des Grands Bancs de Terre-Neuve, le Canada a mis en vigueur des normes visant les combinaisons flottantes en cas de naufrage (ONGC 1999) (référence 34) et les combinaisons pour les passagers d'hélicoptère (ONGC 1999) (référence 33) dans lesquelles apparaissaient des essais d'isolation thermique élaborés pour des mannequins thermosensibles.

Jusqu'à maintenant, on a remarqué que l'équipement utilisé tant pour les opérations militaires que commerciales s'est comporté de manière « étonnamment mauvaise » lors d'accidents réels. Chaque année, on rapporte près de 140 000 décès en mer. Comment cela est-il possible puisqu'il existe un éventail aussi vaste d'essais et de règlements qui, en théorie, devraient permettre d'éviter cela? La réponse est qu'un grand nombre de ces essais sont inutiles et ne tiennent pas compte des conditions réelles. Les essais devraient, soit recréer les difficultés qui doivent être contournées, soit les conditions environnementales qui auraient pu exister pendant l'accident, soit permettre de prédire la dégradation de la situation qui pourrait se produire dans les conditions les plus difficiles. En 1995, Tipton (référence 158) a démontré cela très clairement avec un groupe de douze sujets qui ont subi deux immersions en portant des vêtements identiques dans deux essais : l'essai A et l'essai B. Cependant, au cours de l'essai B, on a introduit par simulation un vent de 6 noeuds, des vagues de 15 cm et une pluie d'intensité de 36 L/h de même qu'une période d'immersion initiale de 15 secondes. La période de survie estimée a été réduite de 6,8 heures obtenues avec l'essai A à 4,8 heures avec l'essai B (figure 9).

Figure 9 : Période de survie estimée avec et sans simulation de mauvais temps

Figure 9 : Période de survie estimée avec et sans simulation de mauvais temps

Estimated Survival Time (hours)=Période de survie estimée (heures)

Test A= Essai A

Test B= Essai B

Test A = Test B with the exception that wind, waves, simulated rain and initial period of submersion were used in Test B = Essai A = Essai B sauf que dans le cas de l'essai B on a simulé du vent, des vagues, de la pluie et introduit une période initiale d'immersion.

(Courtoisie du Journal of the R.N Medical Services)

Le lecteur peut consulter un certain nombre d'articles scientifiques qui portent sur cette période. Light et coll. (1980) (référence 101) ont commencé une série d'études d'immersion au RGIT, à Aberdeen, pour le compte de l'industrie d'exploitation pétrolière en mer. Hampton, de la société Leeds (1981) (référence 65) a rapporté des résultats d'essais sur des combinaisons d'immersion de plus grande portée pour le compte de l'industrie d'exploitation pétrolière en mer. Baker a continué ses travaux en améliorant la combinaison de sauvetage des équipages de sous-marins de la Royal Navy (1987 et 1988) (références 14 et 15). Hermann de l'Institute of Occupational Medicine à Hambourg (1988) (référence 75) a mis en garde les exploitants de l'incompatibilité d'une combinaison de survie et d'un gilet de sauvetage. Après l'échec d'Allen (1964) (référence 10) de trouver une bonne combinaison d'immersion de remplacement pour l'aviation canadienne, Hynes et ses collaborateurs de l'IMED (1985) (référence 82) ont mis à l'essai toute une série de nouveaux vêtements améliorés. Une nouvelle combinaison a finalement été choisie en 1989 par Sturgeon (référence 143).

Ilmarinen et ses collaborateurs (1981 et 1984) (références 83 et 84) ont fait l'essai d'une série de combinaisons de sauvetage en cas d'abandon de navire et de combinaisons pour des passagers d'hélicoptère pour le compte de la Finnish Board of Navigation et de l'industrie d'exploitation pétrolière en mer. Kaufman et ses collaborateurs de la U.S. Navy (1984) (référence 87) ont recueilli des données sur le nouveau tissu Gortex et les doublures Thinsulate. En Norvège, Langhaug et ses collaborateurs (1982) (référence 93) ont poursuivi des travaux sur l'évaluation de combinaisons d'immersion et, en Suède, Larsson et ses collaborateurs (1991) (référence 94) ont proposé des modifications de la combinaison d'immersion Mk 8 pour les équipages de sous-marins de la Royal Navy. Pasche et ses collaborateurs (1982 et 1984) (références 127 et 128) ont entrepris une série d'expériences sur des combinaisons d'immersion au centre de recherche Nutec, à Bergen, en Norvège, et ont examiné l'effet très dommageable qu'une infiltration d'eau peut avoir sur la valeur d'isolation. Romet et ses collaborateurs de l'IMED, à Toronto (1991) (référence 134), ont comparé la valeur clo en état d'immersion des combinaisons mesurée sur des sujets et sur le mannequin CORD.

En examinant l'ensemble des essais qui ont été faits sur les combinaisons d'immersion depuis 1945, on constate, à première vue, que d'énormes sommes ont été gaspillées, ces 45 dernières années en dédoublement d'équipement et de matériel technique. En plus de cela, la rivalité entre les services, entre les établissements et entre les pays a ralenti considérablement l'acquisition de connaissances sur la physiologie en eau froide. Un effort international coordonné entre les secteurs militaire et commercial aurait probablement permis de progresser plus vite et à moindre coût et empêché que des sujets stoïques ne ressentent des conséquences néfastes a posteriori.

De subtiles raisons expliquent pourquoi les progrès ont été très lents au sein du groupe de travail de l’OMI. La première est que les membres qui étaient désignés pour y participer étaient souvent très peu connaissants dans le domaine de la physiologie en eau froide et ils étaient incapables de prendre les bonnes décisions. En outre, beaucoup de nations sont arrivées avec un calendrier préalable régi par leur industrie nationale. En conséquence, il a fallu faire beaucoup de compromis. La seule décision pratique qui a été prise est qu'une température centrale du corps de 35 °C représentait un cas d'hypothermie, par conséquent, l'isolation de la combinaison d'immersion devrait empêcher qu'un sujet d'essai homéotherme ne se refroidisse de plus de 2 °C dans une eau à 2 °C après six heures d'immersion.

Résumé du chapitre 2

Ce chapitre a présenté les aspects pratiques des différentes tentatives de fabrication de la meilleure combinaison d'immersion.

  • Ce n'est que vers le milieu de la Seconde Guerre mondiale que le Royaume-Uni et l'Allemagne ont compris qu'il y avait un problème avec l'immersion soudaine en eau froide. Jusqu'à 1945, on n'utilisait que des combinaisons rudimentaires. Cependant, en 1941, Gagge et coll. ont franchi la première étape en définissant la valeur clo pour l'isolation de vêtements.
  • La recherche d'après-guerre sur les statistiques de survie effectuée par le comité Talbot et les scientifiques McCance et collaborateurs a révélé que le problème était plus grave qu'on ne l'imaginait tout d'abord. Les forces militaires américaines n'ont été convaincues de l'existence d'un problème qu'après la guerre de Corée.
  • Plusieurs articles scientifiques et manuels cruciaux sont cités comme lecture obligatoire pour toute personne qui étudie la survie en mer et son application aux combinaisons d'immersion comme l'effet des infiltrations d'eau, la compression hydrostatique sur la combinaison, la valeur clo et la difficulté de protéger les mains.
  • La reconnaissance du problème a lancé la recherche principalement dans les pays maritimes qui avaient des activités commerciales en eau froide. La première génération de combinaisons d'après-guerre ne répondait pas aux attentes, elles étaient chaudes, encombrantes et laissaient pénétrer énormément d'eau. Ce mauvais rendement était surtout attribuable à la mauvaise qualité des tissus, aux joints de poignets et de cou inefficaces, aux fermetures à glissière non étanches et au mauvais contrôle de la qualité dans le processus de fabrication.
  • Vers le milieu des années 1980, dans la foulée des normes de l’OMI relatives aux combinaisons d'immersion et de la demande accrue de l'industrie de l'exploitation pétrolière en mer pour une meilleure qualité, l'amélioration des tissus, des matériaux isolants, des fermetures à glissière étanches et un meilleur contrôle de la qualité ont permis d'améliorer la conception et la fiabilité des combinaisons. Cela se reflète aussi dans le nombre d'articles publiés en physiologie appliquée au cours de cette période. Néanmoins, il y aurait eu des progrès beaucoup plus rapides s'il y avait eu plus tôt un effort conjoint international entre les secteurs militaire et commercial pour tenter de trouver des solutions au problème.

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