Gestion des eaux de ballast


Procédés de gestion

La gestion des eaux de ballast peut nécessiter l'utilisation de procédés mécaniques, physiques, chimiques et biologiques qui, employés individuellement ou collectivement, suppriment ou rendent inoffensifs les agents pathogènes et les organismes aquatiques nuisibles présents dans les eaux de ballast et empêchent leur captage ou leur rejet par les navires.

L'échange, le traitement ou la rétention d'eau de ballast sont considérés comme de bonnes pratiques de gestion pour l'eau de ballast et les sédiments accumulés. La vidange dans des installations de réception est une option qui est également à l'étude.


Échange d'eau de ballast

L'échange d'eau de ballast en pleine mer, à des endroits où l'océan atteint des profondeurs d'au moins 2 000 mètres et où les bâtiments ne sont pas en deçà de 200 milles nautiques de toute rive, demeure la meilleure option pour réduire le risque d'introduction et de transfert d'espèces exotiques. La sécurité des navires peut cependant constituer une contrainte non négligeable.

En vertu des règlements canadiennes actuelles, tous les navires qui entrent en eaux canadiennes doivent procéder à un échange d'eau de ballast à l'extérieur de la zone économique exclusive. Si cette option se révèle impraticable pour des raisons de sécurité (p. ex., forte mer, mauvais temps), les règlements canadiennes permettent l'échange dans d'autres zones situées au large de la côte de l'Atlantique et de la côte du Pacifique et, en saison, dans le chenal Laurentien du golfe Saint-Laurent.

Les principes sous-jacents à l'échange d'eau de ballast sont les suivants : le rejet de l'eau de ballast provenant d'un port étranger réduit la concentration d'organismes exotiques dans les ballasts, et le remplacement de cette eau par une eau de salinité élevée (30 parties pour mille ou plus) entraîne la mort de tous les organismes d'eau douce potentiellement encore présents dans les ballasts. Toutefois, les scientifiques craignent de plus en plus que des organismes d'eau douce soient capables de survivre dans l'environnement salé créé par l'échange d'eau de ballast en plein mer. De nombreuses espèces qui passent une partie de leur vie en eau salée et en eau douce, comme le gaspareau et la grande lamproie marine, sont en effet capables de tolérer des conditions de forte salinité.

Lors du ballastage et du déballastage, les ballasts sont remplis ou vidés par gravité ou par pompage. Les deux procédés les plus couramment utilisés pour l'échange d'eau de ballast sont l'échange séquentiel et l'échange par circulation:

  • Pour réaliser l'échange séquentiel, il faut rejeter toute la quantité d'eau de ballast jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'aspiration en utilisant les pompes d'assèchement ou les éjecteurs de cale, si c'est possible. Cette méthode peut soulever des difficultés, car les ballasts doivent être complètement vidées avant d'être remplis. Durant le déballastage, la sécurité et la manœuvrabilité du navire peuvent être compromises si le volume d'eau de ballast est temporairement inférieur au niveau optimal recommandé pour la sécurité du navire. En outre, dans un ballast partiellement vide, le ballottement de l'eau occasionne des chocs importants sur la coque et les cloisons et compromet la stabilité du navire.
     
  • Le système d'échange par circulation nécessite un point d'entrée et un point de sortie pour assurer la circulation, et au moins trois fois le volume original doit être pompé dans les ballasts. Les calculs effectués pour déterminer le volume d'eau qui circulera dans les ballasts et les taux de pompage requis à cette fin doivent être enregistrés. Comme de l'eau entre et sort simultanément des ballasts, cette méthode ne compromet pas de façon significative la stabilité du navire.

Même lorsque l'échange d'eau de ballast s'effectue dans des conditions optimales, il ne permet pas d'éliminer complètement tous les organismes exotiques présents dans les eaux résiduelles et les sédiments qui demeurent dans les ballasts. Il y a également lieu de craindre que le déballastage en mer puisse favoriser une plus grande dispersion des espèces exotiques et que les États insulaires situés « en aval » des zones de déballastage en pleine mer subissent les conséquences néfastes de cette pratique. Il est donc extrêmement important de poursuivre les recherches en vue de trouver de nouvelles méthodes efficaces pour la gestion et/ou le traitement des eaux de ballast.


Méthodes de traitement

À l'échelle mondiale, un certain nombre d'établissements de recherche en sciences et en génie s'emploient actuellement à trouver une solution plus complète au problème posé par les eaux de ballast. À l'heure actuelle, les seules normes internationales existantes sont celles de l'Organisation maritime internationale, et la mise au point des nouvelles technologies s'effectue en fonction de ces normes.

Des exemples additionnels de travaux de recherche et de développement dans le domaine de la gestion des eaux de ballast sont présentés dans le répertoire des projets de recherche et développement dans le domaine du traitement des eaux de ballast de l'Organisation maritime internationale (Ballast Water Treatment R&D Directory*). Aux États-Unis, la National Oceanic and Atmospheric Administration* (NOAA) a également financé divers projets de recherche sur le traitement des eaux de ballast.

Choisissez ce lien pour de plus amples renseignements au sujet des technologies propices aux navires en eaux canadiennes.


Navires déballastés

On estime à 90 pour cent la proportion de navires qui entrent pleinement chargés dans les Grands Lacs par la voie maritime du Saint-Laurent et qui n'ont dès lors pas besoin d'eau de ballast pour assurer leur stabilité ou leur sécurité. Ces navires se déclarent déballastés et n'ont donc pas à se conformer aux directives relatives à la gestion des eaux de ballast des navires ballastés.

Pourtant, lorsque ces navires déballastés déchargent leur cargaison, ils doivent pomper de l'eau dans leurs ballasts pour assurer leur stabilité. En raison de contraintes structurales et des limites des systèmes de pompage, le navires ne peuvent vider complètement leurs ballasts, et par conséquence, au moment du ballastage, une certaine quantité résiduelle d'eau de ballast et de sédiments susceptibles de contenir des espèces exotiques envahissantes capables de survivre dans leur nouvel environnement peut être rejetée dans le port. C'est à ce moment qu'ils peuvent contribuer à l'introduction d'espèces exotiques envahissantes dans les Grands Lacs si cette eau ajoutée est déchargée subséquemment dans un autre port.

Certains organismes passent par un stade de vie où ils sont considérés comme des « oeufs de durée ». On a constaté que ces formes embryonnaires d'organismes résistent à des conditions environnementales défavorables, ce qui leur permet de survivre dans les ballasts. Entre le captage initial d'eau de ballast et son rejet, il se peut que des organismes se reproduisent et que leurs oeufs de durée éclosent. Une fois rejetés en eau douce, ces oeufs peuvent être viables.

Sédiments et eau résiduels d'un réservoir de ballast. (Photographies courtoisie de Philip T. Jenkins and Associates Lt.)

Meilleures pratiques de gestion

Une enquête étalée sur trois ans a révélé qu'un fort pourcentage des vaisseaux qui se déclarent déballastés lorsqu'ils pénètrent dans les Grands Lacs transportent des quantités résiduelles d'eau de ballast douce ou de faible salinité. Comme cette eau abrite des organismes tolérant l'eau douce, ce sont ces navires qui posent le plus grand risque pour ce qui est de l'introduction de nouvelles espèces envahissantes.

En août 2005, la garde côtière des États-Unis a introduit de bonnes pratiques de gestion incitant les navires à procéder à un échange d'eau de ballast en pleine mer ou, si cela se révèle impossible, à rincer leurs ballasts vides avec de l'eau salée.

Un rinçage régulier et systématique des ballasts contribue à réduire l'accumulation de sédiments résiduels et à hausser la salinité des eaux de ballast résiduelles. Toutefois, la proportion d'organismes d'eau douce tolérants éliminés par le choc provoqué par la hausse subite de la salinité varie considérablement. En conséquence, cette approche doit être appliquée avec prudence jusqu'à ce qu'elle ait été évaluée plus à fond.

La garde côtière des États-Unis et Transports Canada ont mis en place un programme d'échantillonnage des eaux résiduelles et des sédiments dans les ballasts des navires déballastés afin d'évaluer dans quelle mesure cette initiative contribue à réduire ou à prévenir l'introduction d'espèces exotiques envahissantes dans les Grands Lacs.

De plus amples renseignements sur les navires déballastés et le rejet d'eau de ballast dans les Grands Lacs sont présentés dans un rapport intitulé Assessment of Transoceanic NOBOB Vessels and Low-Salinity Ballast Water as Vectors for Non-indigenous Species Introductions to the Great Lakes*.

* Disponible en anglais seulement

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