Introductions par les navires


Introductions par les navires

Les côtes canadiennes bordant l'Atlantique, l'Arctique et le Pacifique et la voie maritime du Saint-Laurent, porte d'entrée vers les Grands Lacs laurentiens, sont parmi les côtes navigables les plus longues au monde. La croissance exponentielle du trafic maritime à l'échelle mondiale et la hausse correspondante des quantités d'eau de ballast rejetées par les navires ont entraîné une augmentation du nombre d 'introductions d'espèces exotiques.

La croissance exponentielle du trafic maritime à l'échelle mondiale s'est traduite par une augmentation correspondante du nombre d'introductions d'espèces exotiques par les navires. Quatre facteurs sont principalement en cause : l'eau de ballast, les sédiments qui s'accumulent dans les ballasts, les salissures et les films biologiques. Toutefois, étant donné l'ampleur des problèmes associés à l'eau de ballast, l'attention demeure centrée sur l'élaboration de stratégies destinées à réduire le plus possible les effets néfastes associés aux rejets d'eau de ballast.


Eau de ballast

Les navires commerciaux modernes ne peuvent fonctionner sans eau de ballast. L'eau de ballast sert à stabiliser les navires vides et à maintenir l'assiette. Les navires remplissent leurs ballasts d'eau avant de quitter un port d'origine et les purgent lorsqu'ils chargent du fret dans un autre port.

Au cours des 30 dernières années, les problèmes potentiels associés au rejet d'eau de ballast par les navires sont apparus au grand jour à l'échelle internationale. Les données scientifiques disponibles donnent à croire que les eaux de ballast transportées par les navires et les matières en suspension dans ces eaux peuvent contribuer à la dispersion involontaire d'organismes aquatiques nuisibles et d'agents pathogènes partout dans le monde.  

techniciens prélevant des échantillons d'eau de ballast à l'aide d'un tube de sonde.

Techniciens prélevant des échantillons d'eau de ballast à l'aide d'un tube de sonde.


traitement d'un échantillon d'eau de ballast.

Traitement d'un échantillon d'eau de ballast. (Photographies : courtoisie de ASI Group Limited.)



Salissures biologiques

L'expression salissures biologiques désigne les organismes qui se fixent sur la coque, les caissons de prise d'eau et les conduites internes des navires et qui sont ainsi transférés d'un port à l'autre. Divers organismes vivants, allant de tuniciers à des plantes aquatiques, voyagent ainsi fixés sur la coque des navires et des barges qui circulent sur les divers plans d'eau du Canada.

Le risque d'introduction d'espèces envahissantes par les salissures biologiques peut être encore plus important dans les eaux marines et estuariennes. À ce jour, aucune initiative de réglementation n'a encore été proposée au Canada en vue de prévenir la dispersion d'espèces envahissantes par les salissures biologiques. L'exploration pétrolière et gazière, en favorisant l'intensification de la circulation maritime et la multiplication des plate-formes pétrolières, pourrait contribuer à accroître le risque d'introduction d'espèces envahissantes exotiques par les salissures biologiques. La plupart des navires entrent probablement sur ballast dans les eaux canadiennes.

Les plates-formes pétrolières peuvent également contribuer à l'introduction d'espèces envahissantes. Comme elles demeurent souvent ancrées à un endroit donné pendant de longues périodes, ces structures deviennent en quelque sorte des récifs artificiels et sont colonisées par divers organismes avant d'être remorquées vers un autre emplacement de forage.


Pêche commerciale et navigation de plaisance

Si le trafic maritime est un facteur important de dispersion d'espèces envahissantes sur de longues distances, il y a lieu de croire que la circulation locale de bateaux de pêche commerciale de plus faible tonnage contribue à la dispersion secondaire et à l'extension de l'aire des espèces envahissantes à partir de leur point d'introduction initiale. De nombreux bateaux de pêche commerciale circulent entre des centaines de ports. Le partage entre plusieurs propriétaires de bateaux et d'engins de pêche (p. ex., casiers à homards) et leur déplacement d'un port à l'autre selon la saison de pêche et les espèces pour lesquelles les propriétaires détiennent des permis de pêche ne fait qu'aggraver la situation.

La navigation de plaisance soulève un problème similaire. Les embarcations, les moteurs, les remorques et autres équipements (p. ex., ancres, engins de pêche, dérives centrales, rouleaux, essieux) peuvent favoriser la dispersion d'espèces exotiques d'un plan d'eau à l'autre. Le fait que certains organismes aquatiques peuvent survivre pendant plus de deux semaines hors de l'eau ne fait qu'amplifier le problème. Choisissez ce lien pour obtenir des conseils sur la façon de prévenir la transmission d'espèces envahissantes.


Cargaison des bateaux

De nombreux invertébrés terrestres, comme des insectes perceurs du bois, voyagent vers des pays étrangers dans des marchandises transportées par des navires, comme des palettes, des bobines pour fil ou câble et des pièces d'arrimage en bois (billes et autres pièces de bois brut utilisées pour retenir et assujettir les marchandises et ainsi prévenir les dommages durant le transport). Le type de bois utilisé à cette fin est habituellement de piètre qualité et souvent encore recouvert de son écorce, contrairement aux prescriptions réglementaires, offrant ainsi des cachettes idéales à de nombreux insectes et à leurs larves.

De nombreux ravageurs justiciables ou potentiellement justiciables de quarantaine ont été interceptés dans des matériaux d'arrimage transportés par des navires en provenance d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Sud.

dévidoirs de câble.  pièces de bois brut utilisées pour maintenir les cargaisons des navires.

Les dévidoirs de câble et d'autres pièces de bois brut utilisées pour maintenir les cargaisons des navires sont réputés contenir des insectes ravageurs du bois à divers stades de leur développement.

Le longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum [Fabricius]) est une espèce envahissante qui a été introduite dans le port de Halifax (Nouvelle-Écosse) au cours des années 1980, vraisemblablement dans des matériaux d'arrimage provenant d'Europe ou d'Asie. Comme il s'agit d'un insecte perceur du bois qui attaque autant les arbres morts que les arbres vivants, plus de 10 000 épinettes rouges, épinettes blanches et épinettes de Norvège ont dû être abattues dans le parc Pleasant Point afin de prévenir la propagation du ravageur.

Les responsables canadiens de la protection des végétaux s'emploient avec leurs homologues américains et mexicains à harmoniser la réglementation entre les trois pays en vue de prévenir l'introduction en Amérique du Nord de ravageurs justiciables de quarantaine dans des produits et matériaux d'emballage en bois.


Activités de la marine marchande dans les eaux canadiennes

Côte de l'Atlantique

Le risque d'introduction d'espèces envahissantes exotiques est plus grand dans les régions du Canada atlantique fréquentées par des vraquiers et des pétroliers, étant donné les importants volumes d'eau de ballast rejetés par ces navires. La région des lacs Bras d'Or (Little Narrows), du fait de ses conditions estuariennes, pourrait être plus vulnérable aux invasions par des organismes d'eau saumâtre provenant de ports américains.

Déjà présente dans la région de Boston durant les années 1980, l'ascidie plissée (Styela clava) n'a atteint l'île du Prince-Édouard que tout récemment. En envahissant les lignes à moules et en remportant la compétition qui l'oppose aux mollusques, elle a entraîné une réduction du nombre et de la taille des moules, causant ainsi d'importantes pertes économiques aux mytiliculteurs locaux.

Les activités de navigation dans les eaux côtières de l'Atlantique illustrent bien la façon dont les eaux de ballast et les espèces qu'elles contiennent sont transférées d'un écosystème à un autre. Le fait que les navires puissent utiliser le golfe du Saint-Laurent comme autre zone d'échange d'eau de ballast accroît encore davantage le risque d'introduction d'espèces exotiques dans la région.


Voie maritime du Saint-Laurent

La circulation de navires étrangers sur le Saint-Laurent est intense. Le nombre de navires transocéaniques à destination des trois principaux ports d'eau douce sur le fleuve est quatre fois plus élevé que le nombre de navires qui pénètrent dans les Grands Lacs, et le volume estimé des rejets d'eau de ballast est dix fois plus élevé dans ces ports que dans les Grands Lacs.

En septembre 2004, un crabe chinois à mitaine (Eriocheir sinensis) a été découvert dans un engin de pêche sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Québec.

La présence du crabe chinois dans l'estuaire du Saint-Laurent est fort préoccupante, car l'espèce pourrait y trouver des habitats et des conditions environnementales favorables à son établissement.


Grands Lacs

Entre 1810 et 1959, 90 espèces introduites ont été dénombrées dans le bassin des Grands Lac. Dans la période de 30 ans s'étendant de 1960 à 1990, 43 espèces introduites y ont été répertoriées. Plus de 170 espèces aquatiques exotiques envahissantes* (Fichier PDF, 38 KB) sont aujourd'hui établies dans les Grands Lacs laurentiens. 

Parmi toutes les espèces envahissantes introduites dans les Grands Lacs, la grande lamproie marine (Petromyzon marinus), la moule zébrée (Dreissena polymorpha), la grémille (Gymnocephaluscernuus) et le cladocère épineux (Bythotrephescederstroemi) sont considérés comme celles qui ont causé les problèmes les plus importants à ce jour.


Côte du Pacifique

Le détroit de Georgie, sur la côte ouest du Canada, est une zone importante pour les producteurs de fruits de mer, les amateurs de loisirs et l'industrie maritime. On estime à 117 le nombre d'espèces exotiques envahissantes qui se sont établies dans le détroit ou le long de son littoral. On ignore quand et comment la plupart de ces espèces ont atteint les eaux canadiennes, mais le rejet d'eau de ballast ou la contamination par les salissures biologiques semblent en cause dans bien des cas.

Par exemple, le rejet d'eau de ballast est également considéré comme à l'origine de l'introduction de certaines espèces de dinoflagellés appartenant au genre Alexandrium dans le port de Vancouver.

Le crabe vert (Carcinus maenas), originaire d'Europe, a récemment été découvert dans le havre Esquimalt, près de Victoria, et sur la côte ouest de l'île de Vancouver. Le crabe vert semble en bonne voie d'étendre son aire jusqu'au détroit de Georgie. Il deviendrait alors le premier grand prédateur intertidal introduit dans la région et entrerait en compétition avec les espèces de crabes indigènes. Le crabe vert cause des problèmes importants dans tous les écosystèmes qu'il envahit.


Côte de l'Arctique

Des navires sur ballast se rendent à Churchill, mais des recherches additionnelles s'imposent pour déterminer la provenance et la nature des eaux de ballast qu'ils transportent pour évaluer l'ampleur de la menace potentielle posée par les espèces exotiques envahissantes dans l'Arctique.


* Disponible en anglais seulement. 

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